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Téléphonie satellite : Orange et les grands opérateurs lorgnent les fréquences européennes

9 septembre 2026 à 08:22
Des nuages à l'horizon
Téléphonie satellite : Orange et les grands opérateurs lorgnent les fréquences européennes

Les enchères pour la bande de fréquence des 2 GHz MSS, qui correspond à celles des services de satellites, attisent les appétits en Europe. Les licences expirent en effet l’année prochaine, et la Commission européenne a établi de nouvelles règles favorisant les acteurs régionaux. Un consortium composé des principaux opérateurs du vieux continent, dont Orange, pourrait ainsi voir le jour.

Orange, Deutsche Telekom, Vodafone et Telefónica auraient entamé des négociations pour mettre sur pied un consortium et participer aux enchères d’une partie des fréquences satellites en Europe, croit savoir Bloomberg. L’idée est d’exploiter la bande des 2 GHz MSS (Service Mobile par Satellite) pour proposer un service de téléphonie par satellite « direct-to-device ». À l’heure actuelle, Starlink fait partie des leaders sur ce marché, avec son service de messagerie texte et d’appels (dans les apps) par satellite.

Bruxelles réserve une partie de la bande

Les licences actuelles arrivent à expiration en mai 2027. Elles avaient été attribué en 2009 à Inmarsat qui a été racheté par Viasat, ainsi qu’à Solaris Mobile croqué par EchoStar. À cette occasion, la Commission européenne a adopté une proposition qui réserve deux des six blocs appariés de 5 MHz, soit un tiers de la bande, à un système sécurisé destiné en priorité aux communications gouvernementales, de sécurité et de défense. Ce morceau devra être exploité par un opérateur européen et intégré au programme de constellation de satellites IRIS².

Les deux autres tiers de la bande seront destinés à des usages commerciaux, avec une procédure spécifique pour les nouveaux entrants de l’Union et une autre ouverte aux entreprises établies dans l’UE ou dans des pays tiers.

Pour être considéré comme nouvel entrant européen, un candidat devra être établi dans un État membre, avoir sa direction exécutive dans l’Union et être contrôlé, directement ou indirectement, uniquement par l’Union, un ou plusieurs États membres ou des ressortissants d’États membres. Le consortium pourrait peser fort sur cette part réservée aux acteurs européens, tout en réduisant les risques d’une possible flambée des enchères.

Rappelons que le géant américain est déjà bien implanté sur le Vieux Continent, notamment via des accords avec Deutsche Telekom pour le direct to cell dans une dizaine de pays européens. De son côté, Vodafone s’est acoquiné avec AST SpaceMobile pour créer Satellite Connect Europe. Orange a aussi un partenaire américain pour son direct to device : Skylo, qui utilise des satellites de Viasat, EchoStar et Immarsat.

Starlink voit rouge

Cette procédure a fait l’objet d’un mémo au vitriol de Starlink partagé par Le Monde début juillet. Car il ne reste plus à l’entreprise américaine qu’un seul tiers de la bande européenne, et les enchères s’annoncent rudes face à Amazon Leo.

La filiale de SpaceX, qui compte 7,4 millions de clients en Europe, estime que la proposition de la Commission « augmente considérablement le risque que les Européens soient privés de services satellitaires critiques déjà en service en Europe ». Starlink espérait décrocher un bloc de 15 MHz, mais la réglementation européenne limite le tiers destiné aux opérateurs étrangers à 2 blocs de 5 MHz.

L’entreprise d’Elon Musk a bien évidemment frappé à la porte de la Maison-Blanche pour obtenir un coup de main de Donald Trump dans ce dossier. Mais pour Bruxelles, l’affaire semble entendue : pas question de laisser une grande partie de la bande aux mains d’un acteur américain dominant. Une source du Monde rappelle aussi que le marché américain de la communication par satellite sur la fréquence des 2 GHz est complètement fermé aux acteurs européens. Il faut dire aussi que personne n’arrive à la cheville de Starlink en matière de direct-to-device.

La Maison-Blanche retire son clone xénophobe de Tetris

9 septembre 2026 à 08:01
Tetris plus fort que la haine
La Maison-Blanche retire son clone xénophobe de Tetris

La semaine dernière, la Maison-Blanche de Donald Trump mettait en ligne des jeux rétro à caractère xénophobe. Ces jeux sont des pastiches de titres connus, comme Flappy Bird, Snake, ou encore Tetris – ce dernier n’est pas resté longtemps : la Tetris Company en a obtenu le retrait.

Il est possible de creuser toujours plus profondément, comme le démontre très régulièrement la Maison-Blanche. Après le site web consacré aux performances de la police anti-immigration (ICE) reprenant les codes des séries TV X-Files ou Les Envahisseurs, l’administration Trump a mis en ligne le 4 septembre dernier une série de jeux pour navigateurs web.

La sélection, qui surfe sur la tendance du pixel art et du rétro, propose de récupérer de l’argent (et des bitcoins) pour garnir le compte épargne de ses enfants, supprimer des produits ultra-transformés de la cantine scolaire, ou encore prendre le contrôle d’un aigle volant au-dessus du National Mall de Washington avec un texte de loi entre les griffes (à la manière de Flappy Bird).

La Tetris Company en première ligne

On peut se demander ce que des jeux fabriquent sur le site officiel de la Maison-Blanche, mais passons. Ce qui est plus douteux, c’est que plusieurs d’entre eux ont des relents xénophobes : il y a un qui consiste à patrouiller le long du Rio Grande pour arrêter les migrants qui tenteraient de passer la frontière, le tout à la manière du Serpent (le fameux jeu du Nokia 3310).

Le site Arcade de la Maison-Blanche

L’autre jeu propose de construire un mur pour empêcher ces mêmes migrants de poser un pied aux États-Unis. Ici, la Maison-Blanche s’est fortement inspirée de Tetris, sauf que les tetrominos s’empilent sans disparaitre, même si on fait des lignes complètes. Le tout s’est accompagnée d’une communication tapageuse de la Maison-Blanche sur les réseaux sociaux, à grands renforts de copies de logos de jeux, d’éditeurs et de constructeurs de consoles repris à la sauce « MAGA ». Tout le monde y passe, de Sega à Nintendo, en passant par Pac-Man et Xbox.

Si aucune de ces entreprises n’a voulu réagir publiquement, la Tetris Company est montée au créneau. La société, détenue par Alexey Pajitnov et Henk Rogers, a clarifié qu’elle n’avait rien à voir avec le jeu de la Maison-Blanche « Build the Wall », qu’elle croit au « pouvoir du lien et au fait de rassembler les gens, pas de les diviser ». Et rappelle au passage qu’elle prend les infractions au copyright très sérieusement.

La menace a visiblement porté ses fruits : le site de la Maison-Blanche a discrètement retiré son vilain clone de Tetris. Les autres jeux sont toujours présents.

Ce n’est pas la première fois que l’administration Trump utilise l’imagerie des jeux vidéo et des films à grand spectacle pour pousser sa réthorique anti-migrants ou faire la promotion de la guerre en Iran. En mars, le compte X de la Maison-Blanche avait partagé une vidéo combinant des extraits d’animes, de jeux et de films pour « célébrer » les bombardements de l’armée US en Iran.

Le clip a provoqué la colère de Steve Downes, la voix de Master Chief (le héros du jeu Halo), qu’on entend dans la vidéo en question. « J’exige que les producteurs de cette propagande guerrière répugnante et puérile retirent immédiatement ma voix », a-t-il exigé, sans réponse.

Le .fr fête ses 40 ans avec 4,6 millions de noms de domaine actifs

2 septembre 2026 à 17:17
Depuis plus de 20 ans j’ai le mien, et vous ?
Le .fr fête ses 40 ans avec 4,6 millions de noms de domaine actifs

40 ans plus tard, le .fr est un succès avec 4,6 millions de noms de domaine actifs. Depuis sa création, plus de 10 millions de noms de domaine ont été enregistrés.

Le .fr est né le 2 septembre 1986, il fête donc aujourd’hui ses 40 ans. Pour se situer, Arpanet basculait intégralement sur TCP/IP et se scindait en deux (activités militaires et le reste) en 1983, donnant ainsi naissance à Internet. Le Web date pour sa part de 1989, puis il est entré dans le domaine public en 1993.

De l’Inria à l’Afnic

Lors de sa création, la gestion du .fr incombait à l’Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique (INRIA). En 1997, il est passé dans le giron de L’Afnic, l’Association Française pour le Nommage Internet en Coopération.

C’est « l’office d’enregistrement désigné par l’État pour la gestion des noms de domaine en .fr », explique-t-elle sur son site. L’Afnic s’occupe également des extensions ultramarines .gf (Guyane française), .gp (Guadeloupe), .mq (Martinique), .pm (Saint-Pierre et Miquelon), .re (Île de la Réunion), .tf (Terres australes françaises), .wf (Wallis et Futuna) et .yt (Mayotte).

Pour rappel, toutes les extensions à deux caractères sont attribuées à des pays uniquement et leur gestion relève de la souveraineté des États. On parle de ccTLD pour country-code Top-Level Domain. Avec trois caractères ou plus (.com, .best, .ink…) on parle de gTLD ou TLD génériques, dont le deuxième round d’ouverture vient de se clôturer. Les demandes vont maintenant être examinées.

4,6 millions de noms de domaine actif, et moi et moi…

Revenons au .fr. Selon l’Afnic, il y a pas moins de 4,6 millions de noms de domaines actifs, c’est-à-dire enregistrés et encore valides. Cela ne signifie pas qu’un site s’affiche, simplement que le nom de domaine a un titulaire.

Mais l’Afnic propose aussi, en open data, la liste de l’intégralité des noms de domaines qui ont un jour été enregistrés, et là le compteur dépasse les 10 millions (il y en a donc 5,5 millions qui ne sont plus attribués, et donc de nouveau disponibles). Il y a tout juste un an, nous avions analysés ces 10 millions de noms de domaine pour en extraire les plus loufoques et/ou surprenants, mais aussi des statistiques sur la durée de vie, la longueur, etc.

Déjà plus de 600 000 nouveaux noms de domaine en 2026

L’Afnic note une augmentation du nombre de demandes : « Le nombre de noms de domaine en .fr progresse chaque année, mais la croissance de l’extension nationale s’avère particulièrement forte en 2026. Le .fr a gagné 200 000 noms de domaine supplémentaires sur les 10 derniers mois, là où il lui avait fallu 13 mois pour gagner les 100 000 noms précédents ».

D’après nos analyses, passer de 3 à 3,5 millions de domaines a nécessité environ 30 mois, comme pour passer de 3,5 à 4 millions. La progression s’accélère avec 500 000 noms de domaine supplémentaires en 24 mois seulement. En 2025, plus de 800 000 noms de domaines ont été crées, contre plus de 600 000 sur la seule première moitié de 2026. Attention aussi au nombre de résiliations : plus de 600 00 en 2025, contre déjà 350 000 environ en 2026.

☕️ En Europe, Google ne dévalorisera plus les contenus sponsorisés des sites de presse

28 août 2026 à 12:35


Pour se plier au DMA européen, Google vient d’annoncer que son moteur de recherche n’allait plus considérer les contenus sponsorisés publiés automatiquement sur les sites de presse comme du spam.

En novembre 2025, la Commission européenne avait annoncé l’ouverture d’une enquête contre Google soupçonnant l’entreprise de « réduire la visibilité des contenus des éditeurs de médias ». Elle affirmait que la politique relative à l’abus de la réputation d’un site de Google « déclassait les sites web et les contenus des médias d’information et d’autres éditeurs dans les résultats de recherche Google lorsque ces sites comportaient du contenu provenant de partenaires commerciaux ».

Page d'accueil de google

La Commission donnait aussi le point de vue de Google : « cette politique vise à lutter contre les pratiques qui auraient pour but de manipuler le classement dans les résultats de recherche ». Et, en effet, depuis mars 2024, l’entreprise avait mis à jour ses règles concernant le spam. Elle y expliquait qu’elle considérait qu’un site utilisait sa réputation de façon abusive « lorsque des pages tierces sont publiées sans supervision ni implication étroite de la part du propriétaire, et que le but est de manipuler le classement dans les résultats de recherche en tirant parti des signaux de classement du site propriétaire ».

Elle ajoutait : « il s’agit des pages sponsorisées, publicitaires, de partenaires ou de tiers qui sont généralement indépendantes de l’objectif principal d’un site hôte ou qui ont été créées sans une supervision ni une implication étroite du site hôte, et qui ne présentent que peu ou pas d’intérêt pour les utilisateurs ».

Mais pour la Commission, « cette politique semble avoir un impact direct sur un moyen courant et légitime pour les éditeurs de monétiser leurs sites web et leurs contenus ».

Google lâche donc, en Europe, du lest sur cette politique. « À la suite de discussions avec la Commission européenne, nous adaptons notre approche en matière d’application de la réglementation au sein de l’Espace économique européen (EEE) et clarifions les critères que nous prenons en compte lors de la mise en œuvre de cette politique », affirme-t-elle.

À partir du 30 août prochain, en Europe seulement, les actions manuelles de Google contre ce genre de pratiques n’affecteront plus le classement des pages incriminées. L’entreprise note qu’elle continue de les étiqueter comme des spams dans son système pour qu’à terme, ces pages soient quand même classées indépendamment du reste du site.

« Bien que nous restions préoccupés par le fait qu’une application trop large du DMA puisse nous empêcher de lutter contre les menaces réelles pesant sur l’intégrité de nos résultats de recherche, nous estimons que cette approche nous permet de lutter contre les tentatives de manipulation des résultats de recherche destinées à nos utilisateurs », assure-t-elle.

« Nous nous félicitons de l’abrogation de cette mesure, qui pénalisait injustement les éditeurs et les autres utilisateurs professionnels de Google Search », a déclaré à Reuters Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne. « Grâce au DMA, Google Search ne reléguera plus les publications de presse au second plan au seul motif qu’elles hébergent du contenu tiers », a-t-il ajouté. « La Commission va désormais surveiller l’application de cette nouvelle politique afin de s’assurer qu’elle est conforme au DMA ».

Google interpose ses propres liens dans les résultats de recherche

27 août 2026 à 15:33
Google brouille la piste
Google interpose ses propres liens dans les résultats de recherche

Google déploie discrètement un changement important sur son moteur de recherche. Les liens directs dans les résultats sont remplacés par des liens intermédiaires commençant par google.com/goto?. Une « mesure technique » pour se protéger des abus, explique l’entreprise.

Les internautes lambda ne verront pas la différence, mais le changement que Google est en train de déployer sur son moteur de recherche ne passe pas inaperçu chez les spécialistes du SEO. Quand le curseur de la souris survole un résultat, son URL apparait en bas du navigateur. Depuis quelques semaines chez certains internautes, cette information ne renvoie plus directement vers l’URL réelle de la page web, mais affiche une adresse débutant par google.com/goto?. Un clic sur le résultat active ensuite une redirection vers le site désiré.

Un détour entre l’internaute et le web

Avec cette redirection intermédiaire, on perd donc une information importante, celle de l’URL réelle du résultat de recherche. « Nous avons une longue tradition de déploiement de mesures techniques contre des formes d’abus en constante évolution, et nous prenons régulièrement des mesures pour protéger nos services et nos utilisateurs », confirme un porte-parole de Google au site Search Engine Roundtable.

À gauche, la page de résultats donne un lien direct. À droite, on voit la redirection implémentée par Google – capture d’écran Next

Pour l’utilisateur, ça ne change rien en surface : un clic sur le lien renvoie correctement vers le bon site. Et puis l’URL réelle est toujours présente sous le résultat. En termes de transparence en revanche, il y aurait à redire puisqu’on se retrouve avec des URL différentes pour le même résultat de recherche.

L’impact est bien plus important pour l’écosystème SEO, et pour tous ceux qui pratiquent la mesure d’audience au quotidien. Les outils de suivi de positions, d’analyses des pages de résultats d’un moteur de recherche (SERP) ou d’attribution vont voir des URL de type google.com/goto? au lieu des vraies adresses. Des outils peuvent être amenés à mal classer le trafic, créant une divergence avec Google Search Console.

Si Google est le seul a avoir les moyens de mesurer proprement les résultats, les outils indépendants qui aident les sites à comprendre leur visibilité seront affaiblis. Voilà qui pourrait intéresser les régulateurs voulant briser la domination de Google sur la recherche en ligne.

Google souhaite aussi probablement serrer la vis aux scrapers IA. Les robots qui aspirent automatiquement les résultats Google pour alimenter un moteur de réponse ou pour obtenir à moindre frais des données d’entraînement pour des modèles concurrents pourraient en faire les frais. Le scraping devient plus compliqué avec ces redirections opaques.

Quoi qu’il en soit, ce changement confère à Google un pouvoir accru sur l’accès aux données de recherche. L’entreprise contrôle déjà l’interface, le classement, les impressions, les clics, sa Console, les publicités Ads… Avec une redirection opaque comme c’est le cas ici, Google limite la capacité des chercheurs, des éditeurs et des concurrents à « voir » le web tel qu’il apparait dans le moteur dominant.

Un an après, l’efficacité de la vérification d’âge sur les sites pornos reste à prouver

27 août 2026 à 11:20
Les mauvais élèves gagnent
Un an après, l’efficacité de la vérification d’âge sur les sites pornos reste à prouver

Un an après la mise en œuvre du dispositif de vérification de l’âge aux portes des sites pornographiques, un sondage permet de tirer un premier bilan pour le moins contrasté de ce dispositif de la loi SREN.

Après bien des soubresauts, l’obligation de contrôle de l’âge pour l’accès aux sites pornos est la règle depuis le 15 juillet 2025 et une décision du Conseil d’État. Un sondage réalisé à l’occasion de la première année de mise en œuvre de cette mesure invite à relativiser l’efficacité du dispositif, comme dans d’autres pays où des mesures similaires ont été mises en place.

La consommation glisse vers les sites sans contrôle

L’étude a été réalisée en ligne par l’Ifop pour CAM4 du 9 au 15 juillet 2026 auprès d’un échantillon de 3 000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, complété par un échantillon spécifique de 500 jeunes de 15 à 17 ans. Un des enseignements est que le dispositif de vérification de l’âge a déplacé la consommation vers des sites qui ne respectent pas le dispositif.

69 % des adultes et 78 % des mineurs (15 - 17 ans) ayant visionné du porno ces douze derniers mois l’ont en effet fait sur des sites ne réclamant pas l’âge. Près de la moitié des majeurs (48 %) et 65 % des mineurs ont cessé de consulter des sites imposant la vérification de l’âge, au profit de sites ne respectant pas l’obligation. 36 % des sondés ont consulté uniquement des sites n’exigeant pas la vérification de l’âge, contre 23 % qui n’ont consulté que des sites la demandant.

« C’est le résultat le plus embarrassant pour le dispositif : l’obligation légale a fabriqué, sans le vouloir, un avantage concurrentiel au bénéfice de ceux qui ne la respectent pas », explique l’Ifop. « Le paradoxe est que ce sont les opérateurs les plus vertueux, ceux qui ont investi dans une solution de vérification conforme, qui en paient le prix, en perdant des visiteurs. »

L’impact de cette mesure a donc été relativement modeste. Seuls 16 % des adultes et 22 % des 15 - 17 ans ont cessé de se rendre sur des sites pornos. Un tiers des mineurs ont réduit leur fréquentation. Pour la majorité des adultes (52 %) et pour 4 mineurs sur 10, l’obligation n’a rien changé à leur consommation.

« La friction introduite par le contrôle produit donc bien un effet dissuasif, et cet effet est deux fois plus fort chez les mineurs que chez les adultes, mais il ne concerne qu’un peu plus d’un adolescent sur trois, les deux autres tiers ayant trouvé le moyen d’accéder malgré tout à ces contenus », analyse l’Ifop.

La consommation des sites pour adultes n’a finalement guère évolué depuis 2023, relève encore l’institut. À l’époque, 58 % des 18 - 24 ans affirmaient avoir consulté des films ou des images pornographiques en ligne. Un chiffre similaire en 2026. On constate même une hausse de la consommation pour les sites sur abonnement type OnlyFans (+ 8 points) et de webcams (+ 4 points).

Le principe séduit plus que ses modalités

À peine la moitié des sondés ont été confrontés à une demande de vérification de l’âge, ce qui pose la question de la réalité du dispositif et son respect par les les sites concernés. 64 % des personnes interrogées estiment d’ailleurs « peu efficace » ou « pas efficace du tout » le dispositif actuel.

83 % des Français voudraient que l’Arcom, chargé de faire respecter la loi, s’assure que tous les sites pornos mettent en place un système de vérification de l’âge. Et 86 % d’entre eux souhaitent que l’obligation soit étendue aux réseaux sociaux où circulent des contenus pornos.

Parmi les internautes confrontés à une demande de vérification de l’âge, 39 % des majeurs et 18 % des 15 - 17 ans ont effectué la démarche. Parmi ceux qui s’y sont refusés, 14 % ont utilisé un moyen de contournement type VPN. Le taux de conformité est minimal chez les 18 - 24 ans (24 %) pour grimper jusqu’à 49 % chez les 50 - 64 ans.

« Autrement dit, la vérification est d’autant mieux acceptée que l’internaute est éloigné de l’âge qu’elle vise à exclure », décrypte l’institut de sondage pour qui « on touche ici au paradoxe central du dispositif : le contrôle d’âge fonctionne surtout auprès de celles et ceux qu’il n’a pas pour objet de protéger » :

« Les quinquagénaires se vérifient, les adolescents contournent. Cette sélectivité inversée n’a rien d’étonnant sociologiquement : la maîtrise des outils de contournement (VPN, sites miroirs, moteurs alternatifs) est une compétence générationnelle, et le coût symbolique de la démarche – dire son nom pour dire son désir – est d’autant plus lourd que la sexualité est vécue dans la clandestinité. Un dispositif qui produit donc l’inverse de l’effet recherché : il filtre les adultes et laisse passer les mineurs les plus outillés. »

Un an après la mise en œuvre de cette obligation, la vérification de l’âge a donc fait bouger davantage les itinéraires (cap sur les sites pour adultes ne respectant pas la mesure) que les usages (les visites sur les sites porno n’ont pas reculé). « La moitié des consommateurs majeurs déclarent que rien n’a changé pour eux, et la proportion de ceux qui ont vraiment renoncé reste à un niveau qui ne permet pas de parler d’un recul significatif de la consommation de pornographie en France », indique l’institut.

Pourtant, les Français dans leur ensemble n’ont rien contre le dispositif, bien au contraire. 89 % se disent même favorables au principe de vérification d’âge pour les sites porno. Un jugement partagé par 86 % des mineurs de 15 - 17 ans. Ce sont surtout les techniques de vérification qui sont pointées du doigt. 57 % des sondés sont favorables à la transmission d’un document d’identité, 53 % à un système d’évaluation de l’âge à partir d’une photo ou d’une vidéo.

L’app européenne de vérification de l’âge recueille en revanche bien plus de suffrages (77 %), contre 64 % pour les solutions en double anonymat.

Les États-Unis abandonnent l’objectif d’un Internet à 1 Gbit/s pour tous

24 août 2026 à 08:04
Une neutralité toute relative
Les États-Unis abandonnent l’objectif d’un Internet à 1 Gbit/s pour tous

La FCC a finalement abandonné l’objectif d’un Internet à 1 Gbit/s qu’elle avait elle-même donné à son pays en 2024. Officiellement dans le but d’être « technologiquement neutre », cette décision enlève une épine dans le pied de Starlink.

Le très haut débit pour tous aux États-Unis, c’est pas encore gagné. Et l’administration Trump vient d’abandonner l’objectif d’avoir, à long terme, un Internet à 1 Gbit/s pour tous.

En France, tous les internautes n’ont pas une connexion fixe très haut débit, mais en octobre dernier, l’Arcep annonçait que 93 % des locaux étaient éligibles à la fibre. Cela ne veut pas dire un Internet à 1 Gbit/s pour tous, mais on peut se projeter raisonnablement dans un avenir dans lequel cela sera possible.

De l’autre côté de l’Atlantique, on en est encore loin de cet objectif. Pourtant, comme l’a repéré ArsTechnica, la Federal Communications Commission (l’agence de régulation américaine des télécommunications) a rayé d’un trait de plume l’objectif d’un haut débit de 1 Gbit/s en descente, associé à un débit de 500 Mbps en upload. Cet objectif avait été fixé par la même agence. Mais la directive avait été prise en 2024, sous l’administration de Joe Biden.

Supprimer sans remplacer l’objectif

Depuis le retour de Donald Trump, le républicain Brendan Carr est à la tête de la FCC. Celui-ci avait fait la proposition [PDF] de supprimer cet objectif en juillet 2025. « Nous proposons de supprimer sans le remplacer l’objectif à long terme de 1 000/500 Mbps fixé dans le rapport de 2024 », affirmait-il. « Non seulement l’article 706 ne fait aucune mention d’un objectif à long terme, mais le maintien d’un tel objectif risque de fausser le marché en désignant inutilement des gagnants et des perdants sur le plan technologique ».

Et, en effet, l’objectif fixé sous l’administration Biden ne comportait aucune date butoir à laquelle le pays devait l’atteindre. Mais la FCC aurait simplement pu en fixer une. Quant au deuxième argument, il semble étonnant. Mais il est confirmé dans le document officiel publié par la FCC la semaine dernière.

Ainsi, celui-ci affirme que cet objectif pourrait violer les obligations de l’agence de « rester technologiquement neutre », ajoutant étonnamment qu’« abaisser les normes pour garantir que certaines technologies puissent atteindre un niveau de référence va à l’encontre de la neutralité technologique ».

Pas de preuve qu’un objectif soit nécessaire, selon la FCC

On pourrait imaginer que cet objectif servirait plutôt, aux États-Unis, à pousser les débits vers le haut. Mais la FCC assume son désaccord avec de nombreux commentaires à ce sujet : « Nous ne partageons pas l’avis des commentateurs qui affirment, sans apporter de preuves, que la définition d’un objectif à long terme est nécessaire pour encourager l’innovation et renforcer la compétitivité américaine », indique le document. Une note de bas de page ajoute : « À l’heure actuelle, nous ne connaissons pas la nature des préférences futures des consommateurs et, étant donné que cet objectif n’est pas imposé par la loi et ne sert aucun objectif utile (comme expliqué dans le présent document), nous estimons qu’il est prudent de le supprimer ».

Ciblant, en creux, le lobbying de certains industriels, la commissaire démocrate Anna Gomez a apporté un point de vue différent dans le document officiel : « Abaisser les normes pour permettre à certaines technologies d’atteindre un seuil de référence va à l’encontre de la neutralité technologique », commente-t-elle.

« La neutralité technologique exige l’évaluation de toutes les technologies selon la même norme et le soutien de celles qui offrent les meilleures performances. Nous n’avons pas besoin d’abaisser les normes ni de les supprimer complètement pour permettre à certaines technologies de prospérer malgré leurs lacunes », a ajouté Anna Gomez.

Starlink, qui est à la peine face à ses concurrents concernant le débit ascendant mais aussi descendant selon Speedgeo, peut souffler : la FCC ne lui mettra pas de bâton dans les roues avec cet objectif maintenant abandonné.

Le domaine t.me utilisé par Telegram a été temporairement suspendu

15 juillet 2026 à 17:44
Extension du domaine de la lutte
Le domaine t.me utilisé par Telegram a été temporairement suspendu

Le domaine t.me, utilisé par la messagerie Telegram, a été placé pendant plusieurs heures en pause par le registre chargé de l’extension nationale du Monténégro. L’incident, qui a handicapé les échanges et les partages de fichiers pendant plusieurs heures, découle d’une sanction prise par les États-Unis à l’encontre de First VPN, pourtant démantelé quelques semaines plus tôt.

Un domaine vous manque et tout est dépeuplé. Entre lundi 13 et mardi 14 juillet, les utilisateurs de la messagerie Telegram ont constaté des dysfonctionnements au niveau des liens courts, utilisés soit pour renvoyer vers des canaux internes à la messagerie, soit pour pointer vers des ressources externes (des images par exemple).

t.me passé en serverHold

Les soupçons se sont rapidement portés vers le nom de domaine t.me, utilisé par Telegram comme raccourcisseur d’URL. À juste titre : comme l’a par exemple documenté Stéphane Bortzmeyer, le domaine t.me a tout simplement cessé de répondre aux requêtes.

L’examen du whois associé a révélé que le domaine en question avait été placé en statut serverHold, qui correspond à une interdiction temporaire prononcée par le registre en charge de l’extension concernée. « Il s’agit d’un statut inhabituel qui est généralement mis en œuvre lors de litiges juridiques ou lorsque votre domaine est susceptible d’être supprimé », précise à ce sujet la documentation de l’Icann.

Fallait-il voir dans cette suspension une censure, comme l’ont suggéré certains internautes sur X ? Le patron de Telegram, Pavel Durov, qui dénonçait quatre jours plus tôt la remise au goût du jour de la dérogation Chat Control par le Parlement européen, n’aurait sans doute pas manqué de réagir si tel avait été le cas.

À la place, il a interpellé, mardi 14 juillet, le compte X associé au domaine .me, qui dépend pour rappel du Monténégro : « Les liens t.me ont cessé de fonctionner, pouvez-vous regarder ? ».

Le registre en question s’est exprimé le même jour vers 19 heures, soit quelques heures après la reprise d’activités du domaine t.me. Il a indiqué avoir répondu à une injonction du département du Trésor des États-Unis : « Le registre .ME travaille en étroite collaboration avec les forces de l’ordre pour surveiller et traiter les problèmes liés au domaine .ME conformément aux lois applicables, y compris les exigences en matière de sanctions ».

Une sanction émanant des États-Unis

L’injonction en question émane plus précisément de l’OFAC (Office of Foreign Assets Control), l’agence rattachée au Trésor chargée d’administrer et d’appliquer les sanctions économiques ou commerciales. Lundi 13 juillet, l’OFAC a désigné de nouvelles cibles de sanctions, parmi lesquelles figurent plusieurs actifs associés à First VPN, un service qui était « presque exclusivement » promu sur les forums de cybercriminels russophones, récemment démantelé par les autorités.

L’OFAC place à cette occasion plusieurs adresses e-mail, des portefeuilles de cryptomonnaie et plusieurs noms de domaine sur liste noire. Dans le lot figure une URL, t.me/FirstVPNService, qui semble avoir été interprétée de façon expéditive par les services monténégrins.

« Une chaîne Telegram utilisant le domaine http://t.me figurait parmi l’infrastructure identifiée de 1VPNS. En conséquence, le domaine http://t.me a été suspendu. Le 14 juillet, Telegram a confirmé avoir supprimé tous ses liens et affiliations avec 1VPNS. Après vérification de cette confirmation, la suspension du domaine http://t.me a été levée », justifie le registre.

Telegram a de son côté temporairement basculé ses liens vers le domaine telegram.me. Durov, d’humeur badine, a profité de l’occasion pour s’offrir le domaine t.you.

Selon la formule consacrée, toi + moi, ça fait nous – capture d’écran Next

Thunderbird Pro, Thundermail : Mozilla a dû revoir ses plans

7 juillet 2026 à 12:17
Ce que la communauté réclame...
Thunderbird Pro, Thundermail : Mozilla a dû revoir ses plans

Mozilla a indiqué récemment que ses plans sur l’offre Thunderbird Pro avaient changé. Les retours de la communauté sont clairs sur de nombreux points, tout comme la principale demande : la priorité devrait être donnée au webmail. Dont acte.

Dans un billet daté du 23 juin, Mozilla a fait le bilan des retours suite à la première vague d’invitations pour participer au test de Thundermail, le service de messagerie propre à la fondation.

Simplification générale

Mozilla indique que ces retours ont été très clairs sur plusieurs points, provoquant d’ailleurs des changements dans la communication récente : Mozilla parle plus régulièrement de Thundermail que de Thunderbird Pro. Pour rappel, Thunderbird Pro a été présenté comme un bouquet de services payant, comprenant divers services comme Thundermail, Appointment et Send, ces deux derniers s’occupant respectivement des rendez-vous et des envois de fichiers.

Mozilla explique que deux points ont été particulièrement remontés. D’une part, Thundermail semble intéresser beaucoup plus la communauté que les autres services. D’autre part, l’arrivée d’une version Pro créait une confusion autour du Thunderbird classique : allait-il devenir un produit payant ou limité ?

La fondation a donc choisi de simplifier le tout. Désormais, l’appellation Thunderbird Pro disparait et est remplacée par Thundermail, l’offre comprenant tous les services payants. En conséquence, Thunderbird reste à sa place et seul à porter ce nom, pour désigner les versions desktop et mobile de l’application, avec les mêmes attributs et toujours la gratuité.

Ce que souhaite la communauté

Selon Mozilla, les retours de la communauté ont été riches, clairs et intéressants, nourrissant de nombreuses discussions en interne.

Les personnes ayant participé aux tests auraient apprécié l’ouverture de Thundermail et sa capacité à fonctionner dans toutes les applications de messagerie. De même, les testeurs ont loué la personnalisation des adresses par des domaines tiers, ainsi que la possibilité de créer des alias avec ces domaines, selon Mozilla.

Certaines demandes ont cependant été régulières. La principale semble être l’authentification à deux facteurs, que Mozilla est donc en train d’implémenter, avec une disponibilité fixée à « bientôt ».

Beaucoup demandent également la prise en charge des normes DNSEC et DANE. Le premier est un ensemble d’extensions du DNS pour garantir l’authenticité et l’intégrité des données liées. Le second se base sur DNSEC (DANE signifie « DNS – based Authentication of Named Entities »). Ce protocole ajoute une couche de sécurité au DNS pour la gestion des certificats attendus dans les communications entre client et serveur. Le support des deux normes a donc été intégré dans la feuille de route.

Donnez-nous un webmail !

Une partie de la communauté a en outre demandé des aménagements sur la tarification. Selon MacG, qui a participé au test, l’inscription proposait le tarif de 6 euros par mois pour 30 Go de stockage, une boîte de réception, 15 adresses, 3 noms de domaines personnalisés, ainsi que 60 Go pour les partages dans Send. Dans les retours, Mozilla indique que la communauté souhaite divers niveaux de tarification, voire une tarification à la carte en fonction des capacités souhaitées.

Toutefois, la plus grande demande est, de loin, l’ajout d’un webmail. Mozilla explique que le service est aujourd’hui son plus gros travail en cours et qu’une version alpha sortira avant fin juillet. La fondation prévient que, comme toute première préversion, elle aura des défauts. Avec l’authentification à deux facteurs et l’amélioration générale du code, ce sont donc les priorités de Mozilla désormais.

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