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AI gigafactories : les détails de l’appel d’offres

Assurez-vous de maintenir, au fil du temps, au moins 90 % de la performance mesurée à l’installation.

La Commission européenne le demande aux consortiums qui répondront à l’appel d’offres pour les « gigafabriques d’IA » (AI gigafactories).

Les propositions peuvent être soumises jusqu’au 12 novembre 2026. Il existe deux lots, respectivement pour les gigafabriques « d’échelle moyenne » (medium-scale) et « de grande échelle » (large-scale). Les premières devront atteindre, à terme, au moins 75 000 accélérateurs en équivalent H100. Les secondes, au moins 100 000.

Dans l’un et l’autre cas, il y aura une phase de déploiement initial puis une phase d’extension.

La première phase, censée durer 18 mois maximum, devra permettre de déployer au moins 25 000 accélérateurs dans les gigafabriques d’échelle moyenne et 40 000 dans celles de grande échelle.
Bruxelles se projette sur un horizon de 5 ans pour boucler la deuxième.

EuroHPC et 18 États membres – dont la France – acquerront conjointement des capacités de calcul, avec des contrats spécifiques pour chaque phase.

Deux échelles de gigafabriques… et de financement

Pour le lot 1 (gigafabriques d’échelle moyenne), EuroHPC sélectionnera jusqu’à 4 projets. En phase 1, chacun bénéficiera au maximum de 100 M€ de financements européens. Trois leviers seront mobilisés :

  • Mécanisme pour l’interconnexion en Europe
  • Programme pour une Europe numérique
  • Programme-cadre d’Horizon Europe pour la recherche-innovation

Les États membres devront apporter un financement au moins équivalent.

Même logique de parité pour la phase 2, avec une enveloppe maximale par projet néanmoins portée à 400 M€… sous réserve de la disponibilité de fonds via le prochain cadre financier pluriannuel de l’UE (2028-2034).

Pour le lot 2 (gigafabriques de grande échelle), EuroHPC sélectionnera jusqu’à 3 projets. L’UE apportera au maximum 200 M€ par projet en phase 1 ; 800 M€ en phase 2. Dans tous les cas, sa part se limitera à 17 % du capex IT des projets.

La France s’engage sur l’échelle moyenne

Pour les gigafabriques d’échelle moyenne, l’exigence initiale est un mix à 50-50 entre services IaaS/PaaS et MaaS (répartition modulable, de 10 points maximum). Est attendue, à terme, uns puissance informatique d’au moins 120 MW.

8 pays se sont positionnés pour en accueillir. La France en fait partie. Elle s’engage à investir jusqu’à 100 M€ (avec un complément de 10 M€ de l’Irlande).

La Finlande est aussi sur les rangs. Elle a le soutien de l’Estonie, de la Lettonie et de la Suède. Toutes trois postulent pour héberger non pas une gigafabrique, mais un site annexe à celle qui serait implantée en Finlande.

L’UE permet de prétendre à un financement pour ces sites annexes, qui devront remplir une « fonction essentielle » de type sauvegarde, équilibrage de charge ou fourniture de nœuds spécialisés.

Les États membres devront avoir finalisé leurs engagements d’investissement au plus tard 6 semaines avant la clôture de l’appel d’offres. Récapitulatif de leurs engagements actuels :

Pays Engagements Compléments
Danemark 100 M€ (gigafactory) ou 20 M€ (site annexe à la gigafactory finlandaise)
Estonie 20 M€ (site annexe à la gigafactory finlandaise)
Finlande ? (gigafactory) 10 M€ du Danemark
France 100 M€ (gigafactory) 10 M€ de l’Irlande
Lettonie 15 M€ (site annexe à la gigafactory finlandaise)
Pologne 100 M€ (gigafactory ou site annexe à une autre gigafactory) 25 M€ de la Hongrie, 10 M€ de la Croatie, 1 M€ de la Lituanie
La Hongrie envisage d’investir 100 M€ sur la phase 2, que la Slovaquie veut aussi financer.
République tchèque 100 M€ (gigafactory ou site annexe à une autre gigafactory) La Slovaquie a l’intention de financer en phase 2.
Suède 50 M€ (site annexe à la gigafactory finlandaise)

5 pays positionnés pour les giga-fabriques à grande échelle

Pour les gigafabriques à grande échelle, l’exigence initiale est un mix de 60 % IaaS/PaaS pour 40 % de MaaS. Puissance informatique attendue à terme : au moins 150 MW.

Cinq pays se sont positionnés, tous pour accueillir une gigafactory, avec un investissement de 200 M€ en phase 1  :

  • Allemagne (800 M€ provisionnés pour la phase 2)
  • Espagne (promesse d’investir au moins 50 M€ sur la phase 2)
  • Grève (150 M€ provisionnés pour la phase 2)
  • Italie (200 M€ provisionnés pour la phase 2)
  • Portugal (en lice pour éventuellement un site annexe)

Tous projets confondus, l’enveloppe théorique globale se monte donc à 10 Md€ de financements publics. La Commission européenne estime que l’initiative devrait permettre de mobiliser au moins le double en fonds privés.

L’Europe fixe ses SLA

Le formulaire de candidature liste quelques attentes, comme l’intégration avec les data spaces sectoriels et l’établissement d’une feuille de route pour mettre en œuvre une pile logicielle européenne (cloud + IA) dans un délai de 4 ans après le déploiement initial. Les candidats sont aussi invités à envisager l’introduction de hardware européen au minimum à partir de la phase 2.

Au-delà de l’exigence de maintenir au moins 90 % de la performance initiale, Bruxelles leur demande :

  • 99,5 % de taux de disponibilité pour l’entraînement et 99,9 % pour l’inférence (hors maintenance planifiée)
  • Un RTO de 4 heures et un RPO d’une heure
  • Un objectif de 100 % de disponibilité pour la connectivité externe, avec pas plus de 3 jours de maintenance par an
  • En inférence, une latence P95 ≤ 300 ms pour les workloads standards

Pour le support standard, ce sera du lundi au vendredi, de 8 à 18 heures en local, avec une réponse sous 30 minutes. Pour les services critiques, du 24/7 avec réponse sous 10 minutes. En cas d’incident critique :

Sévérité Délai de réponse Délai de résolution
Critique 15 minutes 4 heures
Élevée 1 heure 8 heures
Moyenne 4 heures 2 jours
Faible 1 jour 5 jours

Le préavis devra être d’au moins 7 jours pour la maintenance planifiée et 4 jours pour la maintenance ad hoc.

Une évaluation en deux temps

EuroHPC confiera l’évaluation des offres à un panel de « 5 à 7 experts indépendants ». L’attribution des contrats se fera dans l’ordre de classement, jusqu’à épuisement du budget combiné de l’UE et des États membres. Les propositions non sélectionnées pourront aller, pour 2 ans maximum, sur une liste d’attente. Et bénéficier, dans cet intervalle, de financements si l’UE en débloque.

L’évaluation se fera en deux parties. La première se portera sur la qualité technique des projets (40 % de la note), leur impact stratégique (20 %) et leur viabilité financière (40 %).

Critères Nombre maximal de points Seuil minimal
Évaluation technique 100 60
Objectifs et qualité technique de la proposition 8 5
Qualité du programme de travail 8 5
Qualité de l’infra physique, IT et réseau Adéquation du site proposé 8 5
Adéquation de l’infrastructure électrique 8 5
Adéquation de l’infrastructure IT et réseau 8 5
Qualité de service, y compris sécurité/cybersécurité et fiabilité (trustworthiness) 15 9
Sécurité de la chaîne d’approvisionnement 8 4
Durabilité et efficacité énergétique 10 5
Expérience, expertise et gouvernance du consortium 12 7
Performance technique (benchmarks d’entraînement et d’inférence) 15 10

 

Critères Nombre maximal de points Seuil minimal
Impact potentiel 100 60
Impact sur l’écosystème de l’IA dans l’UE, dont compétitivité et vivier de talents 40 25
Valeur ajoutée pour l’UE, dont contribution à l’autonomie stratégique et à la souveraineté technologique 60 35

 

Critères Nombre maximal de points Seuil minimal
Faisabilité financière 100 60
Engagement d’investissement du consortium 25 15
Qualité et viabilité financière du modèle économique proposé Modèle économique et stratégie commerciale 25 15
Plan de financement, plausibilité budgétaire 40 25
Gestion des risques et élasticité 10 5

La mathématique du critère d’échelle

Le score obtenu sur la première partie constituera 50 % de la note globale. Le reste sera divisé à parts égales entre « échelle / qualité de service » et « rapport coûts-bénéfices ».

Le critère d’échelle dépend du volume d’accélérateurs que le projet prévoit d’atteindre.

Lot 1 – Phase 1
Nombre d’accélérateurs (équivalent H100) Nombre de points
25 000 – 50 000 5-25
(échelle linéaire)
Formule :
P = 0,0008 · A – 15, pour A ∈ [25 000, 50 000]
P est le nombre de points ; A, le nombre d’accélérateurs

 

Lot 1 – Phase 2
Nombre d’accélérateurs (équivalent H100) Nombre de points
75 000 – 100 000 5-25
(échelle linéaire)
Formule :
P = 0,0008 · A – 55, pour A ∈ [75 000, 100 000]
P est le nombre de points ; A, le nombre d’accélérateurs

 

Lot 2 – Phase 1
Nombre d’accélérateurs (équivalent H100) Nombre de points
40 000 – 70 000 5-25
(échelle linéaire)
Formule :
P = 11500 × A653, pour A ∈ [40 000, 70 000]
P est le nombre de points ; A, le nombre d’accélérateurs

 

Lot 2 – Phase 2
Nombre d’accélérateurs (équivalent H100) Nombre de points
100 000 – 200 000 5-25
(échelle linéaire)
Formule :
P = 0,0002 × A – 15, pour A ∈ [100 000, 200 000]
P est le nombre de points ; A, le nombre d’accélérateurs

Un tableau d’équivalence entre accélérateurs

Le scoring de la qualité de service se fait à parts égales entre les couches IaaS/PaaS et MaaS.

L’évaluation du rapport coûts-bénéfices se fonde sur le calcul d’un prix normalisé par accélérateur pour chaque couche de services.

L’équivalence H100 suit les indices suivants :

Accélérateur Score
NVIDIA H100 SXM5 1
NVIDIA RTX 6000 Blackwell
Server Edition (unité)
0,68
NVIDIA B200 (unité) 3,20
NVIDIA B300 (unité) 3,02
NVIDIA Rubin (unité) 7,27
NVIDIA GB200 NVL72 3,44
NVIDIA GB300 NVL72 4,55
NVIDIA Vera Rubin NVL72 7,26
AMD Instinct MI355X 2,32
AMD Instinct MI455X
(TDP 2500 W)
6,8
Google TPU v7 (Ironwood) 3,34

Illustration générée par IA

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Bull installe les supercalculateurs d’Airbus

Depuis 2026, Airbus exploite une infrastructure de calcul haute performance sur deux sites européens : Toulouse (France) et Hambourg (Allemagne). Bull a fourni une solution clé en main. Elle couvre les systèmes de calcul, le stockage et les centres de données. Le modèle contractuel est de type « as-a-service ».

L’infrastructure précédente ne suffisait plus à absorber la charge de simulation que les projets en cours et à venir exigeaient. Le nouveau déploiement triple la capacité de simulation disponible pour les ingénieurs. Airbus mobilise cette puissance de calcul pour trois types de tâches : la conception aérodynamique, l’acoustique (cockpit, fuselage, cabine) et l’analyse des contraintes structurelles.

Les centres de données reposent sur une architecture modulaire. Bull pré-intègre le supercalculateur dans des modules préfabriqués et interchangeables depuis son usine d’Angers. Les équipes assemblent ensuite l’ensemble sur site. Bull a livré le premier supercalculateur à Toulouse en 2025. Celui de Hambourg a suivi en 2026.

Le refroidissement repose sur une technologie liquide direct à eau tiède. Les systèmes produisent de la chaleur que Bull récupère et réutilise pour chauffer les bâtiments adjacents. Bull revendique un brevet sur ce dispositif.

Des ingénieurs Bull spécialisés en HPC industriel, basés en Allemagne, ont travaillé sur l’optimisation applicative des environnements de simulation, en parallèle du déploiement matériel.

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Bull confirme son renouveau dans l’IA et le HPC

Bull a profité de la visite de Sébastien Martin, ministre délégué à l’Industrie, et d’Anne Le Hénanff, ministre déléguée à l’Intelligence artificielle et au Numérique, dans son centre de R&D des Clayes-sous-Bois pour annoncer un plan de recrutement de 500 collaborateurs dans le monde pour l’année 2026. Une mise en scène politique assumée, au service d’un message sur la souveraineté numérique.

En toile de fond, une opération de rachat finalisée fin 2025 : Atos a cédé Bull à l’État français pour une valeur d’entreprise pouvant atteindre 404 millions €, dont 104 millions conditionnels. L’entité, qui génère un chiffre d’affaires d’environ 0,7 milliard €, regroupe les divisions Calcul Haute Performance (HPC) et Quantique d’un côté, Business Computing et Intelligence Artificielle de l’autre. Elle faisait jusqu’alors partie d’Eviden, la branche produits et systèmes d’Atos. À noter que zData, la filiale conseil et Big Data, a été exclue du périmètre de la transaction en cours de négociation, ramenant légèrement la valeur d’entreprise de 410 à 404 millions €.

Un divorce voulu des deux côtés

Pour Atos, cette cession s’inscrit dans un plan de recentrage stratégique : le groupe entend désormais se concentrer sur la cybersécurité, les systèmes critiques et l’analyse vidéo augmentée par l’IA. Autant de marchés où il estime disposer d’un avantage concurrentiel plus solide. Eviden, amputée de Bull, ne pèse plus qu’environ 0,3 milliard € de chiffre d’affaires pro forma. Pour l’État français, en revanche, l’acquisition répond à une logique inverse : conserver sur le sol national une capacité industrielle dans le HPC et l’IA, secteurs jugés stratégiques.

Data scientists, experts HPC-IA et talents commerciaux visés

Les 500 postes concerneront un spectre large de compétences. Bull cible en priorité des experts en R&D, des data scientists et des spécialistes HPC-IA ; soit les domaines au cœur de ses ambitions sur le calcul haute performance, l’intelligence artificielle et l’informatique quantique. Des profils en services, support et commerce seront également recherchés pour accompagner la montée en puissance commerciale du groupe.

Ces recrutements viennent renforcer une base déjà substantielle : Bull compte aujourd’hui 300 data scientists, s’appuie sur quatre centres de recherche dans le monde, et détient plus de 1 600 brevets. Le groupe consacre 13 % de son chiffre d’affaires à la R&D, un taux élevé qui traduit son positionnement résolument technologique.

La souveraineté numérique comme boussole

Le discours des deux ministres présents aux Clayes-sous-Bois a été univoque : ce plan de recrutement s’inscrit dans la stratégie de souveraineté numérique de la France. « Ces embauches répondent à un enjeu majeur : celui de développer en France les compétences d’avenir dont nous avons besoin », a déclaré Anne Le Hénanff.

Pour Emmanuel Le Roux, directeur général de Bull, cette vague de recrutements symbolise l’entrée dans « un nouveau chapitre » pour l’entreprise, désormais indépendante et dotée d’une feuille de route d’innovation claire. Il a dit vouloir attirer des professionnels « engagés en faveur de la souveraineté numérique et d’une innovation durable et ouverte ».

Un rebond industriel à confirmer dans la durée

Bull a traversé une longue période de turbulences depuis son intégration puis son décrochage progressif au sein d’Atos. Son retour en tant qu’entité indépendante, soutenue par l’État, lui offre une seconde chance sur des marchés (HPC, IA, quantique) en pleine effervescence mondiale. Les 500 recrutements annoncés sont une mise de départ : reste à voir si Bull parviendra à tenir ce rythme et à recruter dans des bassins de talents très disputés, face à des concurrents américains et asiatiques aux poches bien plus profondes.

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