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Comment Cisco a doté ses 90 000 salariés d’un agent IA

Cisco a mis à disposition de la quasi-totalité de ses 90 000 salariés un agent IA individuel dès le lancement de son exercice fiscal 2027. Il ne s’agit pas d’une expérimentation limitée à quelques directions, mais d’un déploiement uniforme, présenté en interne comme une brique d’infrastructure durable plutôt que comme un projet pilote.

Baptisé MyAgent, l’outil est accessible depuis une application de bureau ou mobile et s’intègre à Webex, la plateforme de visioconférence maison, ainsi qu’à Outlook, Jira et SharePoint, selon les précisions apportées par Cisco .

L’outil repose sur Circuit, une plateforme d’IA interne que Cisco décrit comme sécurisée, gouvernée et agnostique vis-à-vis des modèles utilisés, censée donner aux salariés un accès maîtrisé aux LLM approuvés, aux agents et aux données de l’entreprise.

Chaque instance est strictement personnelle et ne reçoit d’instructions que de l’utilisateur auquel elle est rattachée. Toute action ayant un effet à l’extérieur du système nécessite une validation humaine explicite.

Myagent fonctionne selon un modèle piloté par l’intention. L’utilisateur définit un objectif, un contexte et un résultat attendu et MyAgent détermine seul l’enchaînement des étapes nécessaires pour y parvenir. Il dispose également d’une mémoire persistante, censée conserver les préférences et l’historique des interactions d’un salarié dans la durée.

Cisco indique par ailleurs que les interactions agentiques sur sa plateforme Circuit ont progressé de près de 350 % d’un trimestre sur l’autre avant le lancement généralisé de MyAgent ( fin juillet).

Un routage multi-modèles pensé pour maîtriser les coûts

Pour éviter une explosion de la facture liée aux modèles d’IA les plus puissants, Cisco a construit une couche d’orchestration interne qui répartit chaque requête vers le modèle jugé le plus pertinent selon la nature de la tâche, la latence tolérée et le niveau de fiabilité requis.

Selon les informations disponibles :

  • entre 50 % et 60 % des requêtes sont traitées par des modèles « open-weight », hébergés en interne sur des serveurs GPU appartenant à Cisco ;
  • entre 20 % et 30 % relèvent d’automatisations logicielles classiques, sans recours à un modèle génératif ;
  • seule une part résiduelle des appels sollicite des modèles de fondation externes, tels qu’Azure OpenAI, Claude d’Anthropic ou Gemini de Google.

« Cela ne va pas brûler une tonne de tokens avec des modèles frontier », assure Mark Patterson, son directeur financier, dans une interview à Fortune, revendiquant cette architecture comme un levier de discipline budgétaire autant que technique.

Le suivi de la consommation de tokens repose, lui, sur un outil de supervision issu de Splunk,  rachetée par Cisco en 2023.

Gouvernance et sécurité des accès

MyAgent n’est pas censé disposer d’un accès sans restriction au SI. Cisco l’inscrit dans une architecture de gouvernance qui détermine quels modèles, systèmes et données l’agent peut utiliser et quelles actions il peut effectuer. L’objectif est de dissocier la capacité de l’agent à décider des étapes d’une tâche de son autorisation à exécuter effectivement ces opérations.

Cette couche de contrôle est complétée par les mécanismes de sécurité de Cisco, regroupés notamment sous la marque AI Defense, destinés à surveiller les interactions entre les utilisateurs, les modèles et les agents. L’enjeu est notamment de détecter des tentatives de manipulation des instructions, des comportements malveillants ou encore des transferts de données vers des ressources non autorisées.

Des usages concentrés sur la finance et le reporting réglementaire

Les cas d’usage mis en avant par la direction de Cisco se situent en priorité dans des fonctions à forte valeur ajoutée documentaire :

  • Rédaction réglementaire. Selon Mark Patterson, entre 80 % et 90 % de la première version de la section « Management’s Discussion and Analysis » (MD&A) des documents déposés auprès du régulateur boursier américain (SEC) est désormais générée par l’IA.
  • Pilotage financier. Le directeur financier utilise un tableau de bord baptisé « CFO cockpit », alimenté par l’IA, qui agrège les performances par produit, zone géographique et segment client, et suggère des actions correctives.
  • Veille concurrentielle. L’agent personnel de Mark Patterson compare automatiquement les performances de Cisco à celles de ses pairs sur des indicateurs comme la croissance du chiffre d’affaires, le bénéfice par action (EPS) ou les dépenses de recherche et développement.
  • Gestion de la messagerie. De façon plus transversale, les salariés s’appuient sur leur agent pour résumer leurs e-mails, filtrer les messages indésirables et pré-rédiger des réponses.
  • Analyse de marché. Certains agents sont également mobilisés pour synthétiser l’actualité financière et esquisser des anticipations de mouvements boursiers.

Un « client zéro » pour les offres IA de Cisco

Au-delà de l’usage interne, ce déploiement sert également de vitrine commerciale. Cisco se positionne comme son propre client de référence à grande échelle pour ses offres d’agents IA ( notamment Webex AI Agents) ainsi que pour son infrastructure réseau et sécurité optimisée pour l’intelligence artificielle.

Mais plusieurs questions restent en suspend.

D’abord sur le coût du programme. Des estimations non confirmées  évoquent une facture annuelle de l’ordre de 900 millions de $ en consommation de tokens, soit environ 200 $ par salarié et par semaine. Un chiffre à prendre avec toutes les réserves qui s’imposent en l’absence de confirmation officielle.

Ensuite, sur l’impact à moyen terme sur l’emploi. La direction dément tout lien direct entre le déploiement des agents et les 4 000 suppressions de postes annoncées en mai dernier présentées par Cisco comme une opération de « réallocation des ressources » vers les segments jugés stratégiques

Mais la séquence des annonces, combinée aux déclarations d’autres dirigeants du secteur sur des sujets comparables, laisse ouverte la question d’une transformation plus profonde des métiers au sein du groupe.

Photo : Mark Patterson, CFO de Cisco
© DR

 

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Etats et cybercriminels piratent les mêmes VPN et pare-feux

Depuis deux ans, les gros titres consacrés au piratage des équipements de périphérie (pare-feux, passerelles VPN, contrôleurs d’accès distant ) ont surtout mis en avant les groupes liés à la Chine et leurs cibles de prédilection, Ivanti, Fortinet ou Palo Alto Networks.

Une étude conjointe de Tenable et SentinelOne vient nuancer ce récit.

Les deux éditeurs américains ont croisé deux bases de données constituées indépendamment. L’une est issue de la télémétrie d’exposition de Tenable sur des milliers d’environnements clients quand l’autre est tirée des enquêtes de réponse à incident (DFIR) menées par SentinelOne.

Leur conclusion souligne que loin d’être l’apanage d’un seul type d’attaquant, l’infrastructure edge est devenue un terrain de chasse commun à cinq catégories d’acteurs distinctes : la Chine, la Russie, la Corée du Nord, l’Iran et les groupes cybercriminels à motivation financière.

Une convergence à 79 % malgré des vulnérabilités différentes

Le point de départ de l’étude est contre-intuitif.

Au niveau des vulnérabilités et expositions communes (CVE), les deux jeux de données se recoupent très peu. Sur 82 CVE identifiées au total, seules 17, soit 21 %, apparaissent dans les deux corpus. Autrement dit, Tenable et SentinelOne ne regardaient, pour l’essentiel, pas les mêmes failles.

En revanche, au niveau des fournisseurs, la convergence est frappante.

Onze des quatorze éditeurs présents dans le corpus de Tenable se retrouvent également dans les dossiers d’intervention de SentinelOne, soit un taux de recoupement de 79 %.

Recentrée sur les seuls équipements edge et d’accès distant, cette convergence atteint 100 %. Les sept fournisseurs identifiés indépendamment par Tenable dans cette catégorie ( Fortinet, Citrix, Ivanti, Palo Alto Networks, Cisco, Juniper et VMware ) figurent tous dans les dossiers d’incidents traités par SentinelOne.

Pour les deux éditeurs, la portée de ce résultat dépasse le simple constat statistique.

Si les deux jeux de données avaient convergé sur les mêmes CVE précises, le message aurait été rassurant : corriger cette poignée de failles suffirait à limiter le risque.

Ce que montrent les chiffres est différent et plus difficile à traiter. Des acteurs étatiques et des groupes cybercriminels, agissant sans lien entre eux, trouvent chacun leur propre chemin d’accès chez les mêmes fournisseurs.

Corriger la CVE du trimestre ne retire pas un éditeur de la liste des cibles.

Douze failles exploitées à la fois par des Etats et des cybercriminels

L’étude a recensé 93 cas documentés d’exploitation de vulnérabilités par des acteurs de la menace, représentant une quarantaine de groupes identifiés.

Douze vulnérabilités y affichent une attribution dite « multi-nexus » confirmée avec le plus haut niveau de confiance méthodologique. Des preuves directes établissent qu’un acteur étatique et un acteur cybercriminel ont exploité, indépendamment l’un de l’autre, la même faille chez le même fournisseur.

Parmi les exemples cités figure une vulnérabilité zero-day des appliances SonicWall SMA1000. Elle a d’abord été exploitée par un groupe d’espionnage dont l’origine n’a pas pu être établie, avant d’être utilisée à son tour par les opérateurs du ransomware INC.

Le même scénario se retrouve avec une faille de PAN-OS GlobalProtect, le système de sécurité de Palo Alto Networks. Celle-ci a été exploitée par un acteur lié à la Chine, puis par les opérateurs du ransomware INC.

Autre exemple : une vulnérabilité de la plateforme Check Point Quantum a été exploitée séparément par un groupe chinois et par le groupe iranien Fox Kitten.

Au total, douze vulnérabilités présentent ce profil « multi-nexus ». Les huit autres concernent des produits de Fortinet, Citrix, Cisco et Ivanti.

Pour les auteurs de l’étude, cette convergence change la donne pour les entreprises. Une défense conçue pour contrer les groupes étatiques ne les protège pas nécessairement contre les cybercriminels : les uns comme les autres peuvent exploiter les mêmes vulnérabilités et franchir la même porte d’entrée.

F5, en tête de l’exposition ; Citrix, championne de la lenteur des correctifs

Sur le volet strictement technique, la télémétrie de Tenable, portant sur des milliers d’environnements clients, dresse un classement par fournisseur qui bouscule certaines idées reçues.

Malgré la forte exposition médiatique des vulnérabilités affectant ses équipements, Fortinet ne se classe qu’en milieu de tableau avec 24,9 % de ses environnements clients exposés à au moins une vulnérabilité activement exploitée. Un niveau proche de ceux de Check Point (18,6 %) et d’Ivanti (24,1 %).

Deux fournisseurs se distinguent nettement, mais pour des raisons opposées.

F5 affiche le taux d’exposition le plus élevé de l’étude parmi les échantillons statistiquement robustes : 53,8 % des 2 784 environnements clients surveillés utilisant des produits F5 présentaient au moins une vulnérabilité connue et activement exploitée, non corrigée.

Citrix, de son côté, ne domine pas en volume (28,8 % d’exposition) mais en durée. Le délai médian pour appliquer un correctif sur ses équipements atteint 461 jours, et 71 % des environnements concernés hébergent toujours une vulnérabilité non corrigée un an après sa divulgation.

Fortinet apparaît également comme le fournisseur ciblé par le plus grand nombre d’acteurs distincts : 29 groupes répartis dans les cinq catégories de nexus étudiées, contre 22 pour Citrix et 19 pour Ivanti.

Un cycle de failles quasi automatique chez Ivanti

L’étude souligne la récurrence des vulnérabilités activement exploitées dans les produits Ivanti. Sur la gamme EPMM, une nouvelle vulnérabilité de ce type est observée en moyenne tous les 8,5 mois, contre 13 mois pour la gamme Connect Secure.

Pour Tenable et SentinelOne, ce rythme rend la prochaine faille pratiquement inévitable et devrait inciter les entreprises utilisant ces produits à budgéter, dès aujourd’hui, la capacité de correction nécessaire pour l’année à venir.

Plus largement, l’étude constate que les vulnérabilités jugées les plus prioritaires ne sont pas corrigées plus vite que les autres, au contraire.

Sur une liste de 238 CVE hautement prioritaires suivies par Tenable, le délai médian de remédiation atteint 146 jours contre 122 jours pour l’ensemble des autres vulnérabilités.  Un écart que les auteurs qualifient de statistiquement significatif.

Les auteurs avancent plusieurs explications d’ordre opérationnel. La mise à jour d’un pare-feu ou d’une passerelle VPN peut entraîner une interruption de service pour les utilisateurs qui en dépendent. Ces équipements nécessitent également des opérations de maintenance et de validation spécifiques tandis qu’ils disposent rarement des mêmes agents de sécurité que les postes de travail et les serveurs.

Vol d’identifiants et mouvements latéraux : ce que montrent les enquêtes de terrain

Le volet SentinelOne de l’étude, tiré de missions réelles de réponse à incident, illustre concrètement ce que permet la compromission d’un équipement edge.

Lors de trois interventions distinctes impliquant des appliances FortiGate, des attaquants ont atteint le plan de gestion des équipements et créé des comptes administrateurs non autorisés. Dans deux de ces incidents, ils ont également exporté les configurations des appareils et extrait des identifiants qui pouvaient être utilisés pour progresser dans le réseau.

Un autre incident concerne une appliance Ivanti Cloud Services compromise fin 2024 par un acteur lié à la Chine. Celui-ci avait exploité deux vulnérabilités ( CVE-2024-8963 et CVE-2024-8190) en les chaînant avant la première divulgation publique de cette combinaison. Après avoir obtenu l’accès à l’équipement, l’attaquant a collecté des clés SSH et d’autres identifiants qui y étaient stockés.

Ces appliances ne produisant pas de télémétrie de sécurité classique, les enquêteurs ont dû reconstituer les intrusions à partir des journaux d’authentification et des traces laissées dans l’annuaire Active Directory — une difficulté qui, selon les auteurs, illustre le décalage entre la criticité de ces équipements et les moyens de détection dont ils disposent réellement.

Les recommandations des deux éditeurs

Tenable et SentinelOne formulent cinq recommandations pour les entreprises.

En priorité, corriger sans délai les équipements F5 et Citrix qui cumulent des niveaux d’exposition élevés et des délais de remédiation parmi les plus longs constatés.

Ensuite, réduire la surface d’attaque de ces appliances en désactivant les fonctions qui ne sont pas indispensables. Les deux éditeurs recommandent également de renforcer la protection des postes internes afin de limiter les mouvements latéraux d’un attaquant qui serait parvenu à compromettre le périmètre.

Les deux éditeurs recommandent également aux entreprises utilisant Ivanti Connect Secure ou EPMM de se préparer à une nouvelle vulnérabilité activement exploitée dans ces gammes au cours des douze prochains mois. Ils préconisent aussi de définir des délais de correction spécifiques aux équipements edge, plus courts que les standards généraux de l’entreprise.

Enfin, Tenable et SentinelOne recommandent de ne pas fonder la priorisation des correctifs sur le seul score CVSS. Une vulnérabilité présentant des signes d’exploitation active peut en effet avoir un score de sévérité modéré. Les entreprises doivent donc croiser plusieurs indicateurs, notamment la sévérité, les informations sur les menaces et le contexte des actifs concernés.

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