En bâtissant sur chaque barrage un escalier de béton pour laisser remonter leurs poissons migrateurs, des gestionnaires de fleuves ont littéralement livré aux turbines les jeunes qu’ils voulaient sauver
Depuis quarante ans, la France construit des passes à poissons pour permettre aux migrateurs de remonter les cours d'eau. Mais ce dispositif massif oublie un détail crucial : le chemin du retour. À la dévalaison, ces mêmes jeunes poissons sont happés par les turbines, transformant le sauvetage en piège mortel.
Le 9 octobre 1963, ce n'est pas le barrage du Vajont qui cède, mais une montagne entière qui s'effondre dans son réservoir, propulsant une vague de 250 mètres par-dessus l'ouvrage. Cette catastrophe oubliée rase la ville de Longarone en quelques minutes, faisant près de 1 900 victimes, tout en laissant l'ouvrage pratiquement intact.
Un siècle après avoir été coupés de leurs frayères ancestrales par le béton, les saumons chinooks ont fait un retour spectaculaire dans la rivière Klamath en automne 2025. Le démantèlement des quatre barrages hydroélectriques, achevé en octobre 2024, a ouvert 640 kilomètres de cours d'eau naturel et permis à près de 40 000 saumons adultes de remonter jusqu'aux lacs supérieurs. Un succès qui dépasse de loin les pronostics les plus optimistes des biologistes.