Au fil de la vallée du Doubs dorment depuis 1997 les ouvrages d’une liaison fluviale entre deux mers que plus aucun convoi n’a jamais empruntée
En 1997, la France abandonne un chantier fluvial de 229 kilomètres censé relier la Saône au Rhin via la vallée du Doubs. Ce projet pharaonique, estimé à 2,6 milliards d'euros, aurait redéfini le paysage franc-comtois en rectifiant 58 km de méandres. Trente ans plus tard, seules les traces de ce rêve démesuré subsistent le long de la rivière.
Entre 1968 et 1997, l'État français a acheté des centaines de parcelles le long d'un tracé fantôme de 229 kilomètres pour construire le canal Saône-Rhin, une autoroute fluviale destinée à rivaliser avec le canal Rhin-Main-Danube allemand. Après trois décennies d'expropriations et de gels fonciers, le gouvernement Jospin a enterré le projet par décret, laissant derrière lui une infrastructure inachevée et des territoires marqués par cette ambition jamais concrétisée.
En 1996, l'État inaugure avec pompe un tronçon du canal Rhône-Rhin élargi au grand gabarit européen. Un an plus tard, il abandonne purement et simplement le projet, transformant une infrastructure ultramoderne en cul-de-sac fluvial. Trente ans après, cette écluse capable d'avaler des convois de 4 500 tonnes n'a jamais servi à son objectif.
La France possède une section du canal Rhin-Rhône à grand gabarit européen entre Niffer et Mulhouse, achevée en 1995, dotée d'une écluse ultramoderne capable d'accueillir des convois de 4 500 tonnes. Pourtant, depuis l'arrêt du projet en 1997, cette infrastructure demeure un cul-de-sac fluvial : les péniches n'ont aucun itinéraire pour continuer vers Dijon ou Lyon.