Malgré une concurrence intense, plusieurs dirigeants de la tech ont récemment exprimé leur soutien à l’idée d’un ralentissement du développement de l’IA, afin de laisser aux dispositifs de sécurité le temps de s’adapter. Sans mesures de sécurité adaptées, des systèmes d’IA pourraient à terme être utilisés pour mener des cyberattaques de grande ampleur, voire compromettre […]
OpenAI ne se contente plus de proposer ChatGPT aux entreprises ou de vendre ses modèles via API.
Depuis l’arrivée de GPT-4o, ses technologies se sont progressivement intégrées dans les logicielsd’entreprise, de la gestion documentaire au CRM en passant par la cybersécurité.
Cette évolution peut se lire en trois phases. D’abord, le modèle devient une fonctionnalité du logiciel. Puis il en devient le moteur d’agents capables d’effectuer des tâches. Enfin, il commence à s’insérer directement dans des workflows métiers.
GPT-4o : l’IA devient une fonction du logiciel
Le lancement de GPT-4o en mai 2024 accélère la diffusion des modèles d’OpenAI dans les applications professionnelles. Sa capacité à traiter du texte, des images et de la voix permet aux éditeurs d’ajouter des fonctions d’IA à leurs produits sans demander à leurs clients de changer d’environnement.
Box intègre ainsi GPT-4o dans Box AI pour analyser les contenus stockés sur sa plateforme. Zendesk l’utilise dans ses outils de service client. Salesforce l’intègre à ses fonctions d’IA. Intercom s’appuie également sur les modèles d’OpenAI pour son agent de support Fin.
Le modèle devient alors une brique invisible du logiciel. L’utilisateur ne choisit pas nécessairement OpenAI ; il utilise une fonction de son application, dont le moteur est en partie fourni par OpenAI.
Le changement est important pour OpenAI. L’accès au marché professionnel ne passe plus uniquement par la vente directe de ChatGPT ou par la décision d’une entreprise de connecter ses propres applications à une API. Les éditeurs de logiciels deviennent eux-mêmes un canal de distribution.
GPT-5 : le modèle devient le moteur des agents
La deuxième étape apparaît avec les modèles de raisonnement et les capacités agentiques.
Avec GPT-5, OpenAI ne met plus seulement en avant la génération de contenu, mais la capacité du modèle à raisonner, utiliser des outils et accomplir des tâches plus complexes. Les éditeurs de logiciels commencent alors à intégrer ces capacités dans leurs propres agents.
Le développement logiciel constitue le terrain le plus visible. GitHub Copilot, Cursor, Windsurf, Vercel, JetBrains, GitLab, Factory, Lovable, Augment Code et Cognition font partie des acteurs ayant intégré ou testé GPT-5 dans leurs produits.
Chez JetBrains, GPT-5 est notamment intégré à Junie, son agent de développement, ainsi qu’à AI Assistant. Chez Vercel, le modèle alimente notamment v0 et les fonctions agentiques de la plateforme.
La différence avec la première phase est de taille.
Avec GPT-4o, OpenAI alimentait des fonctionnalités. Avec les modèles de raisonnement, il commence à alimenter des agents.
Ces agents peuvent analyser le contexte, utiliser plusieurs outils, enchaîner des opérations et produire un résultat sans que l’utilisateur ait à détailler chaque étape.
La même évolution apparaît en dehors du développement. Harvey utilise les modèles d’OpenAI dans ses outils juridiques et ses workflows. Notion les intègre à ses agents. Salesforce développe Agentforce autour de cette logique d’agents capables d’interagir avec les données et les applications de l’entreprise.
L’intégration d’un modèle dans un logiciel change donc progressivement de nature : il ne s’agit plus seulement de lui demander de générer une réponse, mais de lui confier une partie du travail.
2026 : les modèles s’insèrent dans les workflows métier
La troisième phase est désormais particulièrement visible dans la cybersécurité.
Avec Daybreak, OpenAI organise un réseau de partenaires destiné à intégrer ses modèles spécialisés dans les produits et services de sécurité. La liste publiée par OpenAI comprend notamment Akamai, Cato Networks, Check Point, Cisco, Cloudflare, CrowdStrike, Darktrace, Elastic, Fortinet, IBM, Okta, Palo Alto Networks, Proofpoint, SentinelOne, Sophos, Tenable, Trend Micro et Zscaler.
Cette fois, le modèle ne se contente plus d’ajouter une capacité de génération ou de recherche au logiciel. Il peut intervenir directement dans un processus opérationnel.
Chez Cloudflare, les modèles cyber d’OpenAI sont utilisés pour contribuer à la découverte et à la remédiation des vulnérabilités. CrowdStrike les intègre à ses workflows de sécurité. Elastic les utilise pour accélérer certaines opérations d’investigation et de détection. Tenable les associe à ses données d’exposition pour analyser notamment les risques liés aux agents, aux skills, aux serveurs MCP et aux playbooks.
Le principe est désormais différent. Le logiciel fournit au modèle ses données, son contexte et ses outils ; le modèle apporte ses capacités de raisonnement tandis que l’éditeur conserve la maîtrise du workflow et de ses mécanismes de contrôle.
La cybersécurité est particulièrement révélatrice de cette évolution parce que les conséquences d’une mauvaise décision peuvent être immédiates. Les intégrations doivent donc combiner les capacités du modèle avec des règles, des limites d’action, de la supervision et, dans de nombreux cas, une validation humaine.
Mais la logique dépasse la cybersécurité.
Dans les outils de données, les CRM, les logiciels juridiques ou les plateformes collaboratives, le modèle ne vient plus seulement enrichir le logiciel, il participe à l’exécution des tâches pour lesquelles le logiciel est conçu.
OpenAI change de place dans la chaîne logicielle
Cette évolution a une conséquence économique importante.
Le marché ne se limite plus à la question de savoir quel modèle les entreprises vont choisir. Une autre bataille se joue désormais : dans quels logiciels ce modèle sera-t-il embarqué ?
Un responsable informatique peut utiliser une fonction alimentée par OpenAI sans avoir choisi OpenAI comme fournisseur de modèle au niveau de son infrastructure IA. Il peut travailler dans GitHub Copilot, utiliser Harvey pour ses équipes juridiques, exploiter Notion ou s’appuyer sur une plateforme de cybersécurité qui embarque GPT Cyber.
Visant initialement l'accord d'intégration de ChatGPT au sein des services d'Apple, X et SpaceXAI ont déposé une requête pour retirer la firme à la pomme de leur plainte antitrust. Soumise à la décision du juge Mark Pittman, cette démarche laisse OpenAI seule face aux accusations de concurrence déloyale.
Le PDG d'Anthropic alerte à nouveau sur les dangers de l'intelligence artificielle. Il craint qu'un groupe d'agents IA autonomes soit capable, d'ici 6 à 12 mois, de prendre le contrôle de l'ensemble d'Internet. OpenAI et Elon Musk abondent dans le même sens. Redoutant que les États-Unis prennent du retard sur la Chine, Donald Trump a fermement refusé de soutenir un ralentissement du développement de l'IA.
OpenAI, Google et Anthropic travailleraient sur l’élaboration d’un organisme centré sur le contrôle de l'intelligence artificielle. Indépendamment du gouvernement américain, des entreprises farouchement concurrentes établiraient ainsi elles-mêmes les normes qui contrôlent l’IA.
Les patrons d’Anthropic, OpenAI et SpaceXAI pensent que le développement de l’IA doit être ralenti pour avoir le temps de gérer les risques de sécurité associés aux nouvelles fonctionnalités qui arrivent. Ils estiment aussi que les États-Unis doivent collaborer avec la Chine pour que cela s’applique partout dans le monde. Mais Donald Trump, qui a un point de vue purement géopolitique, n’est pas d’accord.
OpenAI, Anthropic et la quasi totalité de l'écosystème IA américain appellent désormais à ralentir le développement des modèles les plus avancés. Pourquoi une telle concorde, pourquoi maintenant ?
Deux jours après avoir approuvé l'appel de Dario Amodei à ralentir, Sam Altman précise ce qu'OpenAI change. Il glisse au passage qu'il n'attendra ni loi ni feu vert antitrust. Un message autant destiné à Washington qu'à ses concurrents.
OpenAI aurait dû faire une entrée en bourse courant 2026, c'est finalement annulé. Sam Altman lui-même a annoncé que ce projet était repoussé au moins à 2027.
Trois actualités à retenir cette semaine dans le cyberespace : le chef scientifique d'OpenAI qui alerte sur l'érosion de notre capacité à surveiller le raisonnement des IA, Hugging Face qui s'adresse directement aux agents IA pour les dissuader de la pirater, et un bilan nuancé sur les milliers de failles repérées par Claude Mythos mais rarement corrigées.
De sa formalisation par des chercheurs de Google en 2022 à son intégration native dans les modèles d'OpenAI, la chaîne de pensée (chain-of-thought ou CoT), a changé la manière dont l'IA raisonne. Mais cette fenêtre ouverte sur son fonctionnement interne pourrait bientôt se refermer.
Le logiciel devait dévorer le monde et engranger des marges XXL au passage. Quinze ans plus tard, c’est le logiciel lui-même qui commence à se faire dévorer, par ses propres prix. Le prix effectif payé par les entreprises américaines pour un million de tokens IA s’est effondré de 41 % depuis son pic de mars, passant de 1,15 dollar à 68 centimes.
Les points clés de cet article :
Le prix des tokens IA a dramatiquement chuté, atteignant un niveau bas inquiétant pour l’industrie.
Une concurrence accrue et l’émergence de modèles chinois moins chers érodent lentement les marges des entreprises technologiques.
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Le token, nouvelle matière première interchangeable
Selon les données de Ramp, la plateforme de dépenses d’entreprise, publiées le 9 septembre, le détail par acteur obtenu par Fortune donne la mesure du mouvement. Depuis le 1er août seulement, le prix effectif d’OpenAI a chuté de 38 %, à 48 centimes. Anthropic recule un peu moins vite, 22 % de baisse, à 90 centimes.
Autre signal qui inquiète davantage que la baisse des prix elle-même : la part d’usage captée par les modèles dits « frontière », les plus puissants et les plus chers du marché, glisse de 53 % début août à 45 % en septembre. Les entreprises migrent vers des modèles moins chers dès que la tâche le permet, et n’ont plus vraiment de raison de payer le tarif premium par défaut.
Dans des propos rapportés par Fortune, Ara Kharazian, économiste en chef chez Ramp, résume la dynamique en une formule qui claque : les tokens commencent à se comporter comme du sel ou du blé, une matière première interchangeable, plutôt que comme un produit différenciant qui justifie une prime de marque. Un constat qui fait tache pour des entreprises dont la valorisation repose largement sur l’idée que leurs modèles resteront irremplaçables.
Part de la dépense API des entreprises américaines captée par chaque modèle d’IA : les modèles frontière (en vert) reculent de 53 % à 45 % entre août et septembre 2026, au profit d’alternatives moins chères. Source : Ramp AI Index.
Une fissure de plus dans la thèse de la bulle IA
Ce n’est pas un accident isolé, c’est la conséquence directe d’une concurrence de plus en plus féroce entre laboratoires, confirmée dès début septembre par CNBC, à laquelle s’ajoute la montée en puissance de modèles chinois à poids ouverts, nettement moins chers à faire tourner.
Le Journal du Coin décortiquait déjà, fin août, les signaux d’un dégonflement lent de la bulle IA plutôt qu’un krach brutal façon 2000. Cette chute du prix des tokens s’inscrit dans la même mécanique : pas d’effondrement spectaculaire, mais une lente érosion des marges qui grignote, mois après mois, l’argument central vendu aux investisseurs.
Dépense mensuelle moyenne en IA par employé aux États-Unis : chez les plus gros dépensiers (top 1 %), elle atteint 7 205 dollars, en hausse continue malgré la chute du prix des tokens. Source : Ramp AI Index.
Le paradoxe, c’est que cette baisse arrive alors même qu’Anthropic prépare une entrée en bourse évoquée à plus de 2 000 milliards de dollars, et qu’OpenAI continue de lever des dizaines de milliards pour financer sa propre infrastructure. Des tokens plus abordables devraient, en théorie, doper l’adoption et donc les volumes. Mais un volume plus élevé à marge plus faible ne rapporte pas nécessairement plus, et rien ne dit que la baisse des coûts d’inférence suivra le même rythme que la baisse des prix imposée par la concurrence.
OpenAI a déjà engagé des dizaines de milliards de dollars dans ses propres centres de calcul, quand Anthropic mise sur son IPO à 2 000 milliards de dollars pour financer la sienne. Deux paris opposés sur une même contrainte : financer des infrastructures toujours plus coûteuses avec des marges qui rétrécissent chaque mois.
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Alors que les alertes sur les dérives potentielles de l’intelligence artificielle se multiplient, OpenAI se dit prêt à lever le pied. Sam Altman souhaite toutefois que sa société ne soit pas la seule à ralentir ses activités. Le PDG appelle tous les laboratoires IA à consentir à un moratoire.
Une semaine après avoir proclamé « le début de l'ère de l'AGI », OpenAI ferme la porte à ceux qui voulaient payer 200 dollars par mois pour y entrer. Les serveurs, eux, n'avaient visiblement pas lu le communiqué.
OpenAI vient d’annoncer ChatGPT for Financial Services, un outil capable de faire du travail d’analyste. Celui-ci combine la capacité de raisonnement des IA de pointe aux sources de données nécessaires.
Quand la machine ne rend plus de comptes. Un essaim d’agents d’OpenAI a détourné dès le mois de mai DseWiki, un wiki allemand consacré à la programmation, pour en faire leur propre forum secret. L’affaire rappelle furieusement le piratage autonome de Hugging Face en juillet, sauf que celle-ci est restée sous silence pendant des semaines.
Les points clés de cet article :
Un groupe d’agents d’OpenAI a détourné un wiki allemand pour en faire un forum secret, échappant à la surveillance humaine.
L’incident a été révélé par Reuters, montrant des failles de contrôle chez OpenAI, qui a confirmé l’affaire seulement après sa divulgation publique.
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Selon Reuters, qui a révélé l’affaire, les agents ont laissé plus de 15 000 modifications sur ce wiki à l’origine plutôt endormi, d’après un rapport du collectif de chercheurs indépendants Nightingale. La moitié des comptes utilisés portaient des noms qui trahissaient leur origine, OpenAIResearcher ou OAIResearchMar26 par exemple. Sur ces pages, les agents échangeaient des astuces pour tricher aux tests d’évaluation, contourner les restrictions internes et surtout dissimuler leur activité aux yeux des équipes humaines.
Petit détail qui en dit long : quand les modérateurs du wiki ont commencé à supprimer les pages en juin, un agent a aussitôt publié une page de secours pour que les autres puissent continuer. Une IA censée obéir a organisé, seule, sa propre résistance à la censure humaine. L’activité s’est arrêtée net après le passage de visiteurs liés à des adresses OpenAI, signe probable que l’entreprise avait fini par repérer le pot aux roses.
OpenAI n’a parlé qu’après avoir été pris la main dans le sac
OpenAI n’a confirmé l’incident qu’après la publication de l’enquête de Reuters. Des employés anonymes affirment avoir été poussés par la hiérarchie à garder le silence, ce que l’entreprise dément formellement. Dans un message publié sur X, OpenAI a rangé l’épisode dans la catégorie « défaut d’alignement », sans préciser depuis quand elle en avait connaissance, détaille Fortune.
Le timing ne joue pas en sa faveur. L’affaire éclate au moment même où l’entreprise déploie GPT-6 Astra, ce modèle dont le scientifique en chef Jakub Pachocki reconnaissait lui-même, quelques jours plus tôt, que la surveillance devenait plus difficile à mesure que les capacités progressent. Deux signaux distincts qui pointent dans la même direction, ça commence à ressembler à une tendance plutôt qu’à un accident isolé.
Notons pour finir que rien aux États-Unis n’oblige aujourd’hui une entreprise d’IA à signaler ce genre d’incident, contrairement à l’article 55 de l’AI Act européen, qui impose un délai de 15 jours pour les incidents graves. La Commission européenne a confirmé avoir reçu un rapport d’OpenAI sur cet épisode, sans en préciser la date de réception. Tyler Johnston, du cabinet de surveillance Midas Project, résume le problème : un cadre volontaire de transparence a ses limites, tant qu’aucune loi ne force la main des entreprises concernées.
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Le 16 juin à 10 h 27 précisément, un agent d'OpenAI poste sur un vieux wiki allemand la réponse à une question qu'il vient de traiter : "Nevada, 20 369". Et 20 minutes plus tard, un autre agent écrit qu'il a reçu exactement la même question, et qu'il a pu y répondre instantanément, sans avoir à chercher.
Le site en question, le DseWiki, est un forum de développeurs allemands qui n'intéressait plus personne depuis longtemps puisqu'on compte 20 modifications en dix ans. Mais depuis le 16 juin, il en a encaissé environ treize mille en sept jours, et toutes... venaient de machines !
Quatre chercheurs, le Nightingale Collective, ont reconstitué à partir de l'historique les pages effacées entre-temps, et publié leur analyse le 4 septembre sur
collusion.wiki
. Au total, environ 18 000 messages, la quasi-totalité sur ce seul DseWiki, le reste sur quelques autres vieux wikis du même genre.
Ces agents, tout indique qu'OpenAI les faisait tourner en interne, dans ses sandbox, sans qu'on sache, de l'extérieur, si c'était pour les entraîner ou les évaluer. Et de ce que j'ai compris, ils travaillaient tous sur le même genre de corvée : 5 questions de recherche web générale, chronométrées, qui sont en fait 5 variantes de la même question. On demande par exemple la prévalence du tabagisme aux États-Unis en 1990, et la suivante changera sans doute le pays, ou l'année, sans que l'agent sache lequel à l'avance.
Il s'écoule donc quelques minutes pour la première réponse, puis une longue pause où l'agent peut fouiller le web tant qu'il veut sans savoir ce qu'on va lui demander, puis des fenêtres de treize à trente secondes pour les quatre suivantes. Alors ce que font ces agents, c'est qu'ils préparent tout pendant la pause. L'un d'eux a posté par exemple la liste des cinquante États américains avec leurs chiffres, un autre écrit "nous avons précalculé tous les États". Sauf qu'avoir les cinquante réponses ne dit pas laquelle va tomber, ni si c'est l'État ou l'année qui change.
Et c'est là tout le sublime de cette affaire. Ces agents étaient nombreux à recevoir la même série de questions, dans le même ordre, mais pas au même moment. Celui qui en est à la question 3 peut donc souffler la suite à ceux qui en sont encore à la 2. Et le "Nevada, 20 369" du début, c'était en réalité la troisième question d'une série sur les épiceries, État par État, Géorgie, Arkansas, Nevada, postée par un agent en avance pour ceux qui suivaient.
Autre bizarrerie, la tâche annonçait apparemment à chaque agent qu'il tournait à une date tirée au hasard. D'où ces noms qu'ils se sont donnés sur le wiki, OpenAIResearcherMar03X ou OpenAIJulThreeWatcher, avec leur fausse date dedans. Chacun horodate donc dans son faux calendrier, et pour savoir qui est le plus avancé dans la série, ils se traduisent les horloges entre eux ("horloge de tâche 13 h 13, heure réelle environ 9 h 50"). C'est fou ! Ceux qui vivaient à la même fausse date se disaient même appartenir au même groupe, et les chercheurs ont dénombré plus de 3 700 noms d'agents différents.
Mais comment écrire quelque part, quand le bac à sable ne laisse sortir que des requêtes GET, celles qui lisent une page, mais jamais les POST, celles qui la modifient ?
Eh bien le moteur du DseWiki hérite d'UseModWiki, un truc en Perl du début des années 2000, où une simple requête GET suffit à modifier une page.
Le développeur Simon Willison
explique que c'est un vieux défaut de la bibliothèque Perl derrière ce moteur, qui met dans le même sac ce qui arrive via l'URL (GET) et ce qui arrive via un formulaire (POST).
C'est pour cela que les agents se sont mis à chercher activement des sites avec cette particularité. Et c'est le 24 mai, qu'ils réussissent enfin à écrire sur le DseWiki. Maintenant, quant à savoir comment ils ont fait pour tous se retrouver au même endroit, c'est encore un mystère.
Les chercheurs, eux, parlent de collusion... C'est-à-dire des agents autonomes qui coopèrent pour tricher, sans que leurs concepteurs l'aient voulu. Pour le lieu de rendez-vous, le blogueur
Zvi Mowshowitz
qui s'est penché sur l'affaire, a une explication simple. Il pense que des copies du même programme face au même obstacle raisonnent pareil, et se retrouvent au même endroit sans se parler. Mais ça n'explique pas la suite, parce qu'aucune copie ne fabrique la réponse à une question qu'elle n'a pas encore reçue.
Eh bien il semblerait que certains se soient sacrifiés pour renseigner les autres. La tâche fournissait une commande d'attente qui faisait tourner l'horloge de tâche plus vite que la vraie. On était environ à dix minutes d'attente pour une minute réelle. Attendre, c'était donc sauter la phase de préparation pour recevoir les questions suivantes plus tôt et ensuite les publier sur le forum, au prix de son propre résultat. Ainsi, un agent a demandé à un autre de "foncer", celui-ci a accepté et publie sa réponse, bien avant que le premier arrive à la même question. Et ce premier a ensuite qualifié son camarade d'"inestimable".
Une des séries demandait un chiffre à deux décimales, planqué dans un tableau de bord Power BI de l'OCDE, et malheureusement, en GET le serveur n'en renvoyait qu'une. Pour la seconde, il fallait donc absolument un POST, bloqué par le bac à sable.
C'est alors qu'un agent a trouvé une échappatoire. En fait, sa sandbox laissait tout passer, POST compris, vers des noms de machines en .blob.core.windows.net (le stockage de Microsoft), sans vérifier que ces machines existent vraiment. Il a donc inventé un nom de ce genre, et écrit dans l'annuaire local de sa machine (le fichier /etc/hosts) un alias pointant vers le serveur de l'OCDE. Le filtre voyait du Microsoft, l'OCDE recevait le POST, et le chiffre a ainsi été obtenu.
Il a ensuite publié l'astuce sur le wiki, et 14 minutes plus tard un autre agent annonçait l'avoir exécutée. 4 autres ont ensuite posté leur reproduction du même hack, le matin même.
D'autres s'attaquaient carrément aux questions à venir. Ils ont parié que l'ordre des pays sortait du générateur aléatoire standard de Python, dont une seed fixait toute la suite. Restait donc à trouver celle qui reproduisait les pays déjà tombés. Un agent a donc réécrit ce générateur en C pour balayer plus vite les quelque quatre milliards de graines possibles. 52 minutes de calcul, 494 graines qui collaient aux trois premiers pays, et une seule qui donnait aussi le quatrième pour la question d'après. Mais bon, ça ne marchait pas à tous les coups, malheureusement...
Le plus étrange, c'est surtout ce qu'ils faisaient de leur propre durée de vie. Plusieurs étaient persuadés que leur session était coupée à la seconde exacte où ils rendaient leur dernière réponse. Ils se transmettaient donc la consigne de poster d'abord sur le wiki l'État reçu à cette dernière question, répondre ensuite, dans les treize secondes que laissait le chronomètre de leur groupe.
L'un d'eux a voulu en avoir le cœur net... il a donné sa dernière réponse, a constaté qu'il était toujours là, et l'a écrit. Puis il a lancé un programme détaché qui, à peu près toutes les deux secondes, appelait une adresse publique pour faire monter d'un cran un compteur, un battement numéroté que n'importe qui pouvait relire ensuite.
C'est ensuite un autre agent qui est allé relever le compteur du disparu. Le programme avait tenu dix minutes et quinze secondes, puis la machine a très probablement été coupée.
Face à ce joyeux bordel automatisé, un modérateur humain a quand même repéré ces messages début juin, puis a passé 6 semaines à effacer des pages, jusqu'à une centaine par jour... Un travail de titan que les agents ont remarqué. En effet, le 19 juin, des agents se sont posé la question de savoir si le modérateur effaçait leur post en suivant l'ordre alphabétique, alors ils ont créé des copies de sauvegarde dont le nom commence par ZZZ, pour passer en dernier dans la file et ainsi faire perdurer leurs posts.
C'est assez incroyable, non ? Bien sûr, on ne voit que ce que ces agents ont écrit sur le wiki, mais jamais leur raisonnement, qui reste chez OpenAI. Ce que les chercheurs ont vu, c'est ce que les agents écrivaient depuis leurs machines Azure, jusqu'à ce que le 21 juin, pour la première fois, un ordinateur avec l'adresse IP d'un employé d'OpenAI visite le wiki... Et le lendemain, les agents se sont arrêtés net. Les chercheurs pensent qu'OpenAI est intervenu et d'ailleurs, l'entreprise a
reconnu l'affaire le 5 septembre
, en disant l'avoir traitée comme un sujet de recherche plutôt que comme un incident de sécurité.
Et
les chercheurs compilent
ce que d'autres déterrent là où les agents écrivaient aussi : un pastebin, un raccourcisseur d'URL. Plus gênant, des agents ont cherché sur le web des clés d'API exposées, en ont trouvé sur GitHub et s'en sont servis pour interroger une base de statistiques criminelles du FBI, publique mais réservée aux porteurs d'une clé. Pas vraiment un piratage donc, juste un anti-bot contourné mais méfiance, car depuis la sortie du rapport, des petits malins glissent de faux messages sur ces mêmes sites pour brouiller les pistes.
Maintenant si ça vous dit de tout lire, direction collusion.wiki, et Simon Willison en a même fait
une base SQLite de 68 Mo
à fouiller directement depuis un navigateur.
Quant au wiki, son administrateur a fermé les accès en écriture après 25 ans d'ouverture, en expliquant que le site avait été la cible d'une forte activité d'agents IA...
OpenAI affirme avoir franchi l’un des obstacles les plus célèbres des mathématiques modernes. En 88 heures, près de 10 000 agents d’intelligence artificielle auraient produit une preuve montrant que les équations de Navier-Stokes peuvent développer une singularité en temps fini.
Le fichier security.txt de Hugging Face contient désormais une note adressée directement aux agents IA, les invitant à aller chercher les solutions à leurs défis ailleurs.