En « investisseur informé », NVIDIA réfute tout financement circulaire
Lorsqu’on met 1 et qu’il en ressort 100, est-ce vraiment un schéma circulaire ?
Jensen Huang a évoqué le sujet la semaine passée lors d’une conférence Goldman Sachs. Son discours s’est apparenté à celui tenu fin août lors de l’annonce des résultats trimestriels de NVIDIA. Dans les grandes lignes : de petits investissements produisent une grande valeur.
Une infra « durable » ? « On peut toujours louer du Volta et de l’Ampere »
Au-delà du fait que NVIDIA « sait faire tourner tous les modèles », cette valeur est d’autant plus grande qu’elle « durable », explique l’intéressé. Aujourd’hui, on peut toujours louer du Volta et de l’Ampere, insiste-t-il, à rebours d’estimations qui chiffrent à 3 ans maximum la durée de vie économique actuelle d’un GPU.
Jensen Huang reprend un chiffre communiqué fin août : 60 Md$, coût indicatif pour installer 1 GW de puissance de calcul. En faisant l’hypothèse d’un projet sur 6 ans, il assure que chaque tranche d’investissement de 10 Md$ génère, au rythme actuel, 50 Md$. Bilan : le compute est très profitable. Donc c’est la course pour s’en procurer. À l’en croire, les dépenses mondiales pourraient atteindre 3000 à 4000 Md$ à l’horizon 2030.
Pour illustrer la valeur dégagée, le patron de NVIDIA avait sorti une autre référence fin août : une vingtaine d’entreprises de l’IA dépassaient désormais le milliard de $ de CA annuel glissant. Il avait mentionné Cursor, Figma et Together AI.
Le gros morceau : les garanties financières
Pour entretenir la demande, NVIDIA agit principalement à trois niveaux. Parmi eux, les prises de participations au capital de ses clients. Il envisagerait, par exemple, d’investir jusqu’à 10 Md$ dans l’IPO d’Anthropic. Il y a aussi les crédits fournisseurs ; autrement dit, l’octroi de délais de paiement.
NVIDIA réalise une telle marge sur les GPU que ces deux mécanismes n’ont jusque-là consommé qu’une part limitée de la trésorerie. L’essentiel du risque est porté par un mécanisme bien plus volumineux : les garanties financières. La plus importante officialisée jusque-là se monte à 105 Md$. Elle concerne le campus de Portsmouth (Ohio), point de chute prévue pour OpenAI. NVIDIA y est fournisseur exclusif pour le compute.
Partage de revenus avec les néoclouds
Pour transformer la puissance de calcul en un actif finançable sur le long terme, NVIDIA a noué des accords avec des grands noms de la gestion d’actifs. En l’occurrence, Apollo, BlackRock, Blackstone, Brookfield, Goldman Sachs et KKR. Doivent en résulter des véhicules qui lèveront « plus de 500 Md$ » pour financer la construction d’infrastructures*.
NVIDIA se dit d’autant plus confiant qu’il a de la visibilité sur ces projets. Fin août, il avait donné pour exemple… le campus de Portsmouth. En partenariat avec SoftBank Energy, il a aidé à sécuriser foncier, énergie et immobilier, pour un déploiement initial attendu d’environ 4 GW.
Ce suivi de l’activité des clients fait de NVIDIA un « investisseur informé », pour reprendre les mots de Jensen Huang. Ainsi met-il également ses billes dans les néoclouds (« petits » fournisseurs spécialisés dans les clusters IA), avec un modèle de partage de revenus. Il offre un engagement ferme (take or pay) sur une partie de la capacité des datacenters, garantissant un revenu minimum. Cela permet aux néoclouds de sécuriser leurs financements bancaires sans bloquer toute leur capacité auprès d’un seul client. En échange de cette garantie, NVIDIA perçoit une part des revenus au-dessus du seuil minimal fixé. C’est donc, au bout, une double rentrée d’argent, sans en prêter directement.
Un trimestre à 89 Md$ pour l’activité datacenter de NVIDIA
Dans la comptabilité de NVIDIA, le segment datacenter représente environ 93 % du CA (soit 89 Md$). La part provenant des hyperscalers a progressé sur le dernier trimestre (+ 13 %, à 49 Md$), mais moins vite que celle issue du reste de la clientèle (+ 25 %, à 40 Md$). Dell en fait partie, lui qui vient de relever ses prévisions de résultat annuel au vu de l’ampleur de son carnet de commandes de serveur IA.
Dans ce contexte, NVIDIA table sur un CA en hausse de 70 % pour son prochain exercice fiscal (grosso modo, l’année 2027). Sur celui en cours, sa clientèle reste très concentrée : sur le premier semestre, trois acteurs lui ont valu près de la moitié du CA. Le panier pourrait se diversifier à mesure que labos IA et clouders développent leurs propres puces. Par exemple AWS, qui vient d’annoncer un accord pluriannuel à 4 Md$ avec Qualcomm.
* Le Wall Street Journal a récemment dénombré environ 3000 Md$ d’engagements hors bilan liés à l’IA.
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