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Hier — 15 septembre 2026Flux principal

IA et extinction de l’humanité : le danger à 2 000 milliards de dollars ?

Par : Magali
15 septembre 2026 à 06:00

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Rabelais ne croyait pas si bien dire, cinq siècles avant l’arrivée de l’intelligence artificielle. Sam Altman, Geoffrey Hinton, Barack Obama, l’ONU et même Vitalik Buterin s’alarment tous, sur le papier, du même danger. Celui d’une intelligence artificielle qui échapperait à tout contrôle. Sauf que dès qu’on gratte, plus personne ne parle de la même chose. L’un redoute l’extinction de l’espèce humaine. L’autre la disparition de millions d’emplois, la concentration du pouvoir dans trois entreprises américaines. Ou simplement que son voisin chinois prenne trop d’avance. Un même mot, alerte, recouvre trois logiques qui n’ont presque rien en commun, sinon le vocabulaire qu’elles empruntent.

Les points clés de cet article :
  • Plusieurs figures influentes, dont Sam Altman et Geoffrey Hinton, ont exprimé leur inquiétude face à l’éventualité d’une intelligence artificielle échappant au contrôle humain.
  • Un débat persistant oppose ceux qui craignent l’extinction de l’espèce humaine à cause de l’IA et ceux qui se préoccupent des conséquences immédiates sur l’emploi et les biais algorithmiques.

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Extinction ou emplois détruits : l’intelligence artificielle ne fait pas peur pour les mêmes raisons

En mars 2023, le Center for AI Safety, institut de recherche californien. Il fait signer une phrase unique à plus de 350 dirigeants et chercheurs. Elle érige la lutte contre le risque d’extinction lié à l’IA au rang de priorité mondiale. Même niveau que les pandémies ou la guerre nucléaire.

Parmi les signataires, Sam Altman, Demis Hassabis et Dario Amodei. Ces trois patrons dirigent justement les laboratoires les plus avancés du secteur, à savoir respectivement OpenAI, Google DeepMind et Anthropic. Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio, qui ont posé les bases du deep learning il y a vingt ans, signent aussi.

Deux ans et demi plus tard. En octobre 2025, le Future of Life Institute pousse le curseur plus loin avec son Statement on Superintelligence. Et là, encore une fois, plus de 800 signatures, dont celles de Steve Wozniak, de Richard Branson et du prince Harry. Ils réclament une interdiction du développement d’une superintelligence tant qu’un consensus scientifique et une acceptation publique ne garantissent pas sa sécurité. Bengio est encore de la partie.

À côté de ces deux textes, une autre famille de chercheurs travaille depuis des années sur un tout autre registre. Celui des biais algorithmiques dans le recrutement ou la justice prédictive. Il s’agit aussi de la précarisation de métiers entiers, et de la poignée d’entreprises américaines qui concentrent la puissance de calcul mondiale. Pour ce camp, souvent regroupé sous l’étiquette de l’éthique de l’IA, parler d’extinction humaine détourne l’attention de dégâts déjà mesurables, ceux qui touchent des travailleurs précis, aujourd’hui, pas une humanité abstraite dans cinquante ans. Les deux camps utilisent le mot risque, mais ils ne parlent pas du même risque.

Altman et Musk : le pompier pyromane

Reprenons nos bonnes âmes signataires. Sam Altman signe le texte du Center for AI Safety en mai 2023. La même année, OpenAI lève 10 milliards de dollars auprès de Microsoft et entame la course au modèle le plus puissant du marché.

En 2026, l’entreprise dépose son dossier d’entrée en bourse sans jamais lever le pied sur la course à la puissance de calcul. Or, justement lorsque nous écrivons cet article, elle annonce ce matin même faire marche arrière pour cette année. Alerter sur l’extinction de l’espèce et courir après la prochaine levée de fonds force cette ambiguïté.

Elon Musk n’est pas en reste. En mars 2023, il cosigne aussi la lettre du Future of Life Institute. Elle réclame une pause de six mois sur l’entraînement des modèles les plus puissants. Quatre mois plus tard, xAI voit le jour. Grok, son modèle, tourne aujourd’hui sur l’un des plus gros clusters de calcul jamais assemblés. La pause, personne ne l’a jamais appliquée.

Chez Anthropic, Dario Amodei publie régulièrement des textes qui détaillent, chiffres à l’appui. Il y détaille les scénarios dans lesquels un modèle frontière pourrait échapper au contrôle de ses créateurs. Au même moment, Anthropic vise une valorisation record pour son introduction en bourse. Et l’entreprise a remporté un bras de fer très commenté face au Pentagone sur l’usage militaire de ses propres modèles.

On serait presque tenté d’y voir un remake du Projet Manhattan. Les physiciens qui avaient construit la bombe furent aussi les premiers. Une fois Hiroshima et Nagasaki rayées de la carte, ils réclament un contrôle international de l’arme qu’ils venaient de livrer. La comparaison a ses limites. Oppenheimer n’a jamais négocié une part de royalties sur le plutonium. Les trois patrons de l’IA alertent tout en actionnant, chaque trimestre, une machine à lever des capitaux.

We Must Pace the Frontier: I’ve written a new essay on why the AI industry should slow down, with a three-part plan for doing so.

Anthropic is unilaterally committing to the first of these steps. We’ll provide third-party evaluators with permanent, employee-level access to our…

— Dario Amodei (@DarioAmodei) September 12, 2026

« Nous devons repousser les limites : j’ai rédigé un nouvel essai expliquant pourquoi l’industrie de l’IA devrait ralentir, et proposant un plan en trois points pour y parvenir. Anthropic s’engage unilatéralement à mettre en œuvre la première de ces étapes. Nous accorderons à des évaluateurs tiers un accès permanent, équivalent à celui de nos employés, à nos systèmes. Ils pourront ainsi vérifier le respect de nos mesures de sécurité, signaler les incidents et évaluer la cohérence des modèles pendant leur entraînement. »

Dario Amodei

Obama, Trump, Pékin : la course à l’intelligence artificielle déguisée en cadre de sécurité

Face à cette course interminable le politique s’en mêle. Barack Obama presse les démocrates américains de se doter d’un plan clair sur l’IA. Il appelle aussi, selon le New York Times, à une forme de prudence face à la vitesse du déploiement des modèles. La sortie tombe alors que l’administration Trump pousse dans le sens exactement inverse. Un décret présidentiel vise à empêcher chaque État américain de légiférer de son côté sur l’IA, au nom d’un unique cadre fédéral, plus permissif. Un précédent décret de Trump promettait déjà de marier sécurité et innovation. Dans les faits, le curseur penche nettement vers la seconde option.

Côté chinois, le discours officiel emprunte le même vocabulaire qu’Obama ou que le Future of Life Institute. Lors du sommet mondial sur l’IA de Shanghai en 2026, Pékin signe une déclaration en faveur d’une gouvernance mondiale coordonnée du secteur. Dans le même temps, une entreprise chinoise est accusée d’avoir pillé les modèles d’Anthropic pour rattraper son retard, ce qui a valu une riposte de Washington. La coopération affichée et la course technologique réelle avancent sur deux rails qui ne se croisent jamais.

L’Union européenne a choisi la voie inverse, contraindre par la loi avec l’AI Act, entré en application par étapes depuis 2024. Bruxelles régule pourtant un marché où elle ne possède ni les modèles ni les centres de données les plus puissants. Washington et Pékin financent l’IA. L’Europe la commente.

Miroir, mon beau miroir, qui est la plus belle IA ?

En juillet 2026, la Commission fédérale des communications (FCC) autorise Reflect Orbital. Cette start-up américaine va tester un miroir géant en orbite basse. Il est capable de renvoyer la lumière du soleil vers un point précis de la Terre, la nuit. L’objectif affiché est de vendre du soleil à la demande à des exploitants agricoles ou à des chantiers qui veulent prolonger leurs journées de travail. Des astronomes, des biologistes et plusieurs associations de défense du ciel nocturne alertent depuis des mois. Ils redoutent la pollution lumineuse que provoquerait un déploiement à grande échelle. Ils pointent aussi la perturbation des cycles de sommeil de la faune, et les images d’observatoires qui deviendraient inutilisables. La CBC a documenté les zones d’ombre juridiques du dossier. Aucune loi internationale ne régit vraiment qui a le droit de modifier la nuit d’un pays voisin depuis l’espace. La FCC a validé le projet quand même.

Rien à voir avec un modèle de langage, en apparence. Le même mécanisme est pourtant à l’œuvre des deux côtés. Une communauté scientifique alerte, documente, chiffre le risque. Une entité privée, soutenue par un régulateur qui a le dernier mot, avance malgré tout, parce qu’elle en a la capacité technique et le financement. L’alerte n’a jamais été le problème. Le problème, c’est que personne, ni les 800 signataires du Future of Life Institute, ni les chercheurs du Center for AI Safety, ni Barack Obama, n’a le pouvoir de dire stop à ceux qui décident d’appuyer sur le bouton.

Reflect Orbital et l’IA : le même mécanisme de pouvoir

C’est là que la comparaison avec Reflect Orbital devient plus utile que n’importe quel parallèle avec la bombe atomique. Un miroir en orbite et un modèle de fondation à plusieurs centaines de milliards de paramètres n’ont, sur le papier, rien en commun. Ils partagent pourtant la même structure de décision. Une poignée d’acteurs privés, un régulateur qui les autorise plus souvent qu’il ne les freine. Cette masse de textes d’alerte qui s’accumulent sans jamais peser sur le calendrier de déploiement. La FCC a mis quelques mois à trancher sur Reflect Orbital. Cela fait trois ans que les mêmes textes circulent sur l’IA, sans qu’aucun laboratoire n’ait ralenti d’un cran sa feuille de route.

L’ONU a elle-même reconnu, dans un rapport publié cette année, que l’IA pourrait provoquer des dommages catastrophiques si aucun mécanisme de contrôle contraignant ne voit le jour d’ici la fin de la décennie. Le texte n’a aucune valeur légale. Aucun État n’est tenu de l’appliquer.

Reflect Orbital doit lancer son premier miroir test avant la fin de l’année. Les laboratoires d’IA ont déjà programmé leurs prochains modèles pour 2027. Les textes d’alerte, eux, continueront de s’accumuler sur des bureaux de gens qui n’ont jamais eu le pouvoir de les faire appliquer.

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À partir d’avant-hierFlux principal

XRP, Stellar, Algorand : Ces cryptomonnaies sont-elles vraiment adoptées par des États ?

Par : Magali
21 août 2026 à 16:54

Beaucoup de bruit pour rien. Un thread publié sur X par un analyste pro-XRP a fait le tour de la crypto cette semaine. Il listait huit cryptomonnaies utilisées par des gouvernements pour leurs infrastructures numériques. Repris en boucle, le récit impressionne. Sauf qu’à y regarder de plus près, la réalité derrière chaque exemple tient rarement la promesse du titre, et qu’un vrai précédent d’adoption étatique existe déjà.

Les points clés de cet article :

  • Un thread viral a listé huit cryptomonnaies prétendument adoptées par des gouvernements, mais la réalité de leur adoption étatique est bien plus nuancée.

  • Le Salvador et le Bhoutan ont véritablement adopté le Bitcoin, montrant que même avec une adoption étatique, les contraintes du système financier traditionnel demeurent.


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8 cryptos façon carte du monde

Avant de démonter la liste, autant la poser sur la table telle que l’analyste l’a présentée. Le fil associe chaque crypto à un projet public précis, comme autant de preuves d’un mouvement mondial :

CryptoProjet gouvernemental citéPopulation du pays
XRP (Ripple)Palaos, pilote de stablecoin~18 000 habitants
XLM (Stellar)Ukraine, projet d’e-hryvnia~38 millions
ALGO (Algorand)Îles Marshall, initiative numérique nationale~42 000 habitants
HBAR (Hedera)Australie, Project Acacia (banque centrale)~28 millions
IOTAKenya, douanes et commerce~59 millions
XDCSingapour, documents commerciaux~6 millions
ADA (Cardano)Brésil, modernisation informatique publique~215 millions
QNT (Quant)Royaume-Uni, dépôts tokenisés en livre sterling~70 millions
Source : thread viral repris cette semaine, recoupé avec la couverture presse de chaque pilote et les données démographiques officielles de chaque pays.

Présentée d’un bloc, la carte a de quoi impressionner. Huit continents, huit administrations, un vernis d’adoption mondiale du premier coup d’œil. Sauf qu’agglomérer huit dossiers très différents sous une seule bannière ne les rend pas homogènes. A commencer par la taille des pays concernés.

Deux archipels du Pacifique qui pèsent moins de 60 000 habitants cumulés d’un côté. Des poids lourds comme le Brésil ou le Royaume-Uni de l’autre. Difficile de parler d’une même dynamique d’« adoption à grande échelle » pour des réalités aussi éloignées. Reprenons ces huit dossiers un par un.

Huit cryptos, huit pilotes plus modestes qu’annoncés

XRP

Le XRP de Ripple est associé au pilote de stablecoin des Palaos. Ce dernier a mobilisé 154 fonctionnaires volontaires et trois commerces locaux. Ce n’est donc pas exactement un État qui bascule son économie sur XRP Ledger.

Algorand

Algorand affiche un pilote similaire aux Îles Marshall, une nation de 42 000 habitants. Ce lien remonte en réalité au projet de monnaie légale SOV, lancé sur Algorand en 2018.

Il n’est jamais entré en circulation et officiellement abrogé en août 2025. Le programme réellement actif aujourd’hui aux Marshall est un dispositif de revenu universel versé via le portefeuille Lomalo. Il tourne non pas sur Algorand mais sur Stellar, avec l’obligation numérique USDM1.

Stellar

Stellar justement, était engagé dans le projet ukrainien d’e-hryvnia. Cependant, la Banque nationale d’Ukraine a suspendu ce chantier en octobre 2025, faute de priorité en temps de guerre. Le projet reste au stade de recherche.

HBAR, IOTA, XDC et ADA

Hedera fait mieux avec le Project Acacia de la Reserve Bank of Australia. Huit cas d’usage sur vingt testés ont débouché sur 4,4 millions de dollars de MNBC de gros émis. C’est un montant loin des ambitions affichées par le récit viral.

IOTA (douanes kényanes), XDC (documents commerciaux à Singapour) et Cardano (modernisation informatique brésilienne) n’ont, eux, produit à ce jour aucun chiffre public comparable.

Quant

Quant fait figure d’exception dans cette liste. En effet, l’entreprise fournit l’infrastructure technique du projet britannique de dépôts tokenisés en livre sterling, mené avec HSBC et Barclays sous l’égide d’UK Finance. Un vrai contrat avec de vraies banques, certes. Mais, c’est un contrat d’infrastructure signé avec des établissements privés, pas une décision de la Banque d’Angleterre d’adopter le jeton QNT.

Alors pourquoi est-ce si timide ? L’adoption de ces infrastructures suppose une décision politique assumée. Un État qui impose ou encourage officiellement l’usage d’un actif, qui l’inscrit dans son budget ou sa réserve, qui en fait un choix de politique monétaire durable. Un test mené par une poignée de fonctionnaires volontaires, ou une compatibilité technique de messagerie choisie par une entreprise privée, ne coche aucune de ces cases. C’est la confusion, volontaire ou non, que ce thread viral entretient.

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Bitcoin, lui, a vraiment été adopté par un État

Il existe pourtant un vrai précédent d’utilisation étatique en crypto. Il porte sur le Bitcoin, grand absent de la liste des huit. En 2021, le Salvador en avait fait une monnaie légale à part entière, obligation d’acceptation par les commerces comprise.

Ce statut a été abrogé en février 2025, sous la pression du Fonds monétaire international, dans le cadre d’un accord de 1,4 milliard de dollars qui a aussi plafonné à zéro les nouveaux achats publics de Bitcoin. Le pays continue malgré tout d’afficher environ 7 700 BTC en réserve, soit environ 474 millions de dollars, ce qui en fait le cinquième plus gros détenteur souverain connu au monde.

Le Bhoutan a poussé la logique plus loin encore dans la blockchain. Le royaume himalayen mine du Bitcoin avec son hydroélectricité nationale depuis 2019, un choix de diversification économique assumé via le fonds souverain Druk Holding & Investments. Il a accumulé jusqu’à 13 000 BTC avant d’entamer, depuis 2025, une phase de revente représentant près de 70 % de son stock, pour financer des infrastructures locales.

Ces deux cas dépassent de très loin, en volume et en portée politique, tout ce que montre la liste des huit cryptos « alignées sur les gouvernements ». Et pourtant, même ce précédent le plus abouti a fini par plier face aux contraintes du système financier traditionnel. Difficile, dans ce contexte, de présenter un pilote à 154 personnes comme une preuve d’adoption plus solide que celle du Bitcoin par le Salvador.

L’échéance qui compte vraiment s’appelle ISO 20022

Swift impose une nouvelle norme

Alors pourquoi mettre en avant ces 8 cryptomonnaies plutôt que bitcoin ? Au delà du choix politique, le point commun entre ces huit cryptomonnaies n’est pas un vote de confiance des États, mais une compatibilité technique avec la norme ISO 20022. C’est le format de messagerie financière mondiale. Aucune de ces cryptos n’est officiellement « certifiée » : la norme s’applique aux messages entre institutions, pas aux actifs eux-mêmes.

La vraie échéance, elle, est réelle et déjà en cours. Swift a mis fin le 22 novembre 2025 à la période de coexistence et retiré les messages MT103 et MT202 pour les paiements transfrontaliers. La prochaine étape tombe en novembre 2026. Les adresses postales non structurées seront rejetées, et le relais interbancaire MT101 cédera la place au format pain.001 version 9. C’est cette mécanique bancaire qui pousse Ripple, Quant ou Stellar à se positionner comme passerelles vers ce nouveau langage commun.

La norme ISO 20022 est une norme internationale ouverte relative à l’information financière. Elle fournit des données cohérentes, riches et structurées, utilisables pour tout type de transaction financière

Source : Swift

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Bitcoin, structurellement exclu

Vous avez bien lu. Et, sur le fond, oui, c’est un peu ubuesque. Bitcoin n’est pas juste absent de la liste par oubli : il en est structurellement exclu, parce que son protocole n’a jamais été pensé pour transporter les métadonnées d’un message ISO 20022 (émetteur, bénéficiaire, motif du paiement, référence de facture, tout ce dont une banque a besoin pour router un virement). C’est un système pair-à-pair minimaliste, pas une couche de messagerie bancaire. XRP, Stellar, Algorand et les cinq autres, à l’inverse, ont été conçus ou adaptés dès le départ pour parler le même langage que les rails bancaires existants.

Donc quand un gouvernement ou une banque centrale choisit l’un de ces huit, il ne dit rien de sa confiance dans l’actif en tant que monnaie, ni de sa décentralisation, ni de sa solidité. Il coche une case technique : « ce réseau sait formater une transaction comme le fait déjà SWIFT ».

Et c’est précisément là que ça devient ironique. Le seul cas où un État a réellement adopté une crypto au sens fort, en changeant sa politique monétaire, en cessant de contrôler l’émission, c’est le Bitcoin au Salvador. Et c’est justement parce que Bitcoin refuse de jouer le jeu de la compatibilité bancaire qu’il est absent de la liste. Les huit cryptos mises en avant ne sont pas celles qui ont le mieux convaincu les États de leur valeur, ce sont celles qui se sont le mieux pliées à l’infrastructure que les États et les banques n’ont, eux, jamais quittée. C’est presque l’inverse du récit qu’on nous vend.

L’Europe choisit une tout autre voie avec l’euro numérique

Aucun des huit projets cités ne concerne l’Union européenne. Pendant que XRP et consorts cherchent à se greffer sur les rails bancaires existants, la Banque centrale européenne construit sa propre infrastructure souveraine. 36 prestataires de paiement ont été retenus parmi plus de 50 candidats pour le projet pilote grandeur nature de l’euro numérique, aux côtés de 19 banques centrales nationales. Le lancement est prévu au second semestre 2027, pour une mise en circulation envisagée à partir de 2029.

Un seul acteur français figure sur cette liste de 36, le groupe BPCE. La différence de philosophie saute aux yeux. Là où les Palaos ou les Îles Marshall testent des rails blockchain privés par pragmatisme, faute de moyens pour bâtir leur propre infrastructure, la zone euro choisit de garder la main sur sa monnaie numérique plutôt que de s’appuyer sur un réseau tiers.

Un État qui adopte une infrastructure crypto, est-ce même le but recherché ?

Poser la question à froid a du sens. Le livre blanc que publie Satoshi Nakamoto en 2008 ne rêve pas d’un ministre des Finances qui choisit Bitcoin pour moderniser son administration. Il décrit un système de paiement pair-à-pair fondé sur la preuve cryptographique plutôt que sur la confiance envers un tiers. Et, c’est justement pour se passer des banques et des autorités centrales. Le bloc de genèse de Bitcoin embarque d’ailleurs, en guise de message, une manchette de journal sur un second sauvetage bancaire par l’État britannique.

De ce point de vue, brandir un contrat avec une administration kényane ou une banque centrale australienne comme preuve de succès revient presque à retourner la philosophie d’origine contre elle-même. Et si l’idée n’était jamais que les États choisissent une crypto, mais plutôt qu’ils n’aient plus besoin de le faire ?

Bitcoin n’a pas besoin d’État

Une nuance s’impose, cependant. Tous les cas ne se valent pas. Le Salvador qui fait du Bitcoin une monnaie légale ne « choisit » pas un prestataire. Il renonce à contrôler l’émission de sa propre monnaie au profit d’un réseau qu’aucun État ne dirige. Les huit cas de la liste virale fonctionnent à l’inverse. Une administration confie une brique technique à une entreprise privée qui, elle, contrôle largement son réseau, que ce soit la fondation Algorand, Ripple Labs ou Quant Network. L’État change de fournisseur, pas de logique de confiance. Avec ses défauts, le Bitcoin salvadorien reste le seul exemple de cette semaine à avoir vraiment testé la proposition initiale de Satoshi Nakamoto. Une monnaie que personne ne contrôle, pas même l’État qui l’adopte.

Le vrai récit de cette semaine n’est donc pas celui d’États qui « adoptent » les blockchains XRP, Stellar ou Algorand. C’est celui d’une industrie financière mondiale contrainte de migrer vers un nouveau standard de messagerie. Celui où les petites économies choisissent des raccourcis privés quand les grandes zones monétaires, l’Europe en tête, préfèrent construire leur propre souveraineté numérique. Et, quand un État choisit vraiment d’adopter une crypto, comme le Salvador ou le Bhoutan avec le Bitcoin, l’histoire montre que même ce choix assumé finit par composer avec les réalités du système financier mondial. Le monde est un théâtre.

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