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Quantique : la Cour des comptes alerte sur les pépites françaises

20 juillet 2026 à 15:22

Ce n’est pas tous les jours que la Cour des comptes recommande d’ouvrir le portefeuille. C’est pourtant ce qu’elle fait dans son rapport consacré au soutien public à l’informatique quantique, rendu public ce lundi.

Verdict : l’argent public a été « bien dépensé » mais la France joue désormais sa place dans une course mondiale où les États-Unis et la Chine disposent de moyens financiers sans commune mesure. Sans un sursaut, prévient l’institution, les champions tricolores du calcul quantique risquent de finir dans l’escarcelle d’investisseurs étrangers.

Lancée en 2021, la stratégie nationale quantique (SNQ) a mobilisé 1,8 milliard € sur la période 2021-2025, dont 1,5 milliard de fonds publics, essentiellement issus du plan France 2030.

L’informatique quantique ( c’est-à-dire les machines elles-mêmes par opposition aux capteurs ou aux communications quantiques) en a capté l’essentiel avec 86 % des crédits, soit 597 millions € engagés au 31 décembre 2025.

La Cour salue une gouvernance centralisée et une stratégie jugée équilibrée qui a permis de fédérer des financements auparavant dispersés et de couvrir toute la chaîne de valeur, de la formation universitaire jusqu’à l’industrialisation.

Côté enseignement supérieur, le programme QuanTEdu-France a permis de créer 37 masters, dont 13 spécifiquement dédiés au quantique, pour près de 1 100 étudiants.

Côté recherche, le programme et équipement prioritaire de recherche (PEPR) a organisé la coopération entre le CNRS, le CEA, l’Inria, les laboratoires et les industriels. Résultat : un tissu de startusp dynamiques a émergé, portées par des résultats scientifiques solides et la création d’emplois qualifiés.

Un premier bilan qui valide cinq ans d’investissement

Le rapport identifie précisément cinq jeunes entreprises françaises qui construisent réellement des ordinateurs quantiques et participent au programme militaire PROQCIMA : Pasqal, Alice & Bob, Quobly, Quandela et C12.

Ce sont elles, justement, que la Cour juge menacées. Car le secteur entre désormais dans une « phase de concentration » où les acteurs les mieux capitalisés rachètent les autres. Les entreprises françaises, faute d’accès à des capitaux suffisants, en sont les cibles naturelles.

L’exemple britannique donne la mesure du risque. En 2025, Oxford Ionics, pépite issue de l’université d’Oxford spécialisée dans les ordinateurs à ions piégés, a été rachetée par l’américain IonQ pour 1,075 milliard $, majoritairement payés en actions.

Londres n’a autorisé l’opération qu’à condition de maintenir au Royaume-Uni les activités et compétences stratégiques. Un scénario que la France veut à tout prix éviter de revivre, cette fois sans garde-fou.

Il est facile d’illustrer la faiblesse des marchés de capitaux européens. Sur les onze entreprises d’informatique quantique aujourd’hui cotées en bourse dans le monde, aucune n’est européenne.

Un petit marché appelé à exploser

Le marché mondial de l’informatique quantique pesait environ 1,1 milliard € début 2025.

Les projections de la Cour l’imaginent grimper entre 8,7 et 13 milliards € d’ici 2035, soit une croissance annuelle qui pourrait dépasser 25 % sur dix ans. Les applications visées vont de la  conception de nouveaux médicaments et matériaux à l’optimisation des transports et de l’industrie en passant par la cryptographie…

Le seuil à partir duquel un ordinateur quantique surpasserait l’informatique classique est estimé à une centaine de qubits, quand les objectifs industriels visent plutôt 2 000 qubits, avec une échéance de maturité située entre 2030 et 2035.

Autant dire que la partie se joue maintenant.

Or les fabricants de machines restent, selon la Cour, fortement dépendants des fonds publics faute d’un marché privé suffisamment développé.

Tandis que la France accuse un léger retard sur le segment des logiciels, les « technologies habilitantes » (composants, briques technologiques transverses) constituent déjà un marché rentable et un enjeu de souveraineté à part entière.

Des financements jugés trop précaires

Autre point de vigilance : la nature des financements.

L’essentiel de l’argent public provient des crédits du plan France 2030, pilotés par le secrétariat général pour l’investissement. Des crédits par nature non pérennes.

Une enveloppe supplémentaire d’un milliard d’euros a bien été annoncée fin mai 2026 par l’exécutif pour l’ensemble des technologies quantiques à l’horizon 2030, mais sa répartition précise, notamment la part réservée à l’informatique quantique, reste à préciser. La Cour pointe aussi une incertitude sur les financements des formations universitaires, à partir de la rentrée 2028, qui fragilise la capacité à ajuster l’offre dans la durée.

Les recommandations de la Cour

Sans surprise, la Cour appelle l’État à inscrire son soutien dans une trajectoire durable, révisée régulièrement selon les besoins du secteur.

Et formule plusieurs préconisations  :

  • mobiliser davantage de capitaux privés, français et européens, pour prendre le relais de l’argent public ;
  • rééquilibrer le mix de financement en augmentant la part des avances remboursables par rapport aux subventions ;
  • muscler la commande publique, en particulier via le programme PROQCIMA ;
  • améliorer le suivi consolidé de l’ensemble des financements publics dispersés entre l’État, les régions, la fiscalité et les fonds européens ;
  • renforcer dès la rentrée 2027 les formations sur les briques logicielles critiques (architecture, correction d’erreurs, pile logicielle) ;
  • construire d’ici 2028 des partenariats européens ciblés, fondés sur des spécialisations technologiques complémentaires et un partage équilibré de la valeur.

Ce dernier point résume la philosophie du rapport. Si la France seule n’a pas la taille critique face aux États-Unis et à la Chine,  elle dispose des atouts scientifiques et industriels pour devenir un pilier du calcul quantique européen.

A condition de savoir choisir ses combats et de convaincre ses voisins de mutualiser plutôt que de disperser leurs efforts.

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Lucy, un jalon quantique de plus dans la stratégie française de calcul hybride

17 avril 2026 à 16:19

Constituer une plate-forme de calcul hybride HPC/quantique autour du supercalculateur Joliot-Curie : tel était l’objectif de l’initiative française HQI (Hybrid Quantum Initiative) à son lancement en janvier 2022.

Le budget global était de 72,3 M€. Une moitié pour l’acquisition de matériel sous la houlette de GENCI. L’autre pour un programme de recherche porté par le CEA et Inria.

Quatre ans plus tard, des jalons ont été franchis. Dont un cette semaine, avec l’inauguration de Lucy. Cet ordinateur quantique universel repose sur la technologie photonique de l’entreprise française Quandela –  les systèmes cryogéniques proviennent d’un fournisseur allemand. Il est installé au TGCC (Très Grand Centre de calcul, dans l’Essonne) depuis octobre 2025. Et couplé, donc, à Joliot-Curie (22 Pflops), en attendant le supercalculateur exaflopique Alice Recoque. Coût d’acquisition total : 8,5 M€.

Parmi les applications initiales de Lucy, on nous cite l’optimisation de réseaux énergétiques et de portefeuilles financiers, la gestion logistique et la conception aérospatiale.

Lucy, Qaptiva et Ruby, trois partitions quantiques autour de Joliot-Curie

Les ressources HPC classiques du TGCC sont ouvertes aux projets scientifiques émanant aussi bien de la sphère publique que de la sphère privée. Mais dans tous les cas, les résultats des travaux doivent donner lieu à publication. Pour le privé, l’accès est réservé aux entreprises qui disposent d’une activité de R&D en France.

L’exigence de recherche ouverte s’applique aussi pour l’accès à Lucy. En revanche, tout chercheur européen peut postuler, que son laboratoire ou son entreprise ait ou non un lien avec la France.

L’enveloppe allouée ne peut dépasser 100 heures par an… et par partition quantique. Lucy n’est effectivement pas seule. Il y a aussi, d’une part, Qaptiva, fournie par Atos, et qui donne accès à un émulateur quantique à 40 qubits. De l’autre, Ruby, inaugurée en novembre 2025, et qui repose sur un calculateur quantique analogique de à atomes neutres (100 qubits) signé Pasqal.

Parmi les applications qui se prêtent bien au mode de fonctionnement analogique figurent l’optimisation combinatoire (implantation de magasins, étiquetage de cartes, notation de crédit…), la simulation en physique-chimie et le machine learning quantique (traitement de données temporelles, classification sur des données en forme de graphes).

Parallèlement à Ruby a été inauguré un autre calculateur Pasqal à 100 qubits : JADE, installé quant à lui au Centre de recherche de Juliers (Allemagne) et connecté au supercalculateur JURECA DC (23,5 Pflops). En toile de fond, un projet européen axé sur l’hybridation entre HPC et simulateurs quantiques : HPCQS (High-Performance Computing Quantum Simulator hybrid). La France, l’Allemagne, l’Autriche, l’Espagne, l’Irlande et l’Italie y contribuent financièrement, en complément à des fonds du programme Horizon 2020.

Les 5 autres systèmes hybrides d’EuroHPC

Lucy a été acquis dans le cadre d’un consortium dit EuroQCS-France. Au CEA et à GENCI, il associe le Centre de recherche de Juliers, l’ICHEC (Irish Centre for High-End Computing) et l’université polytechnique de Bucarest. EuroHPC l’avait sélectionné en octobre 2022, aux côtés de 5 autres consortiums, pour héberger ses premiers ordinateurs quantiques. En l’occurrence :

Ordinateur Emplacement Technologie Connecté à Coût Inauguration
Piast-Q Poznań Supercomputing and Networking Center (Pologne) Ions piégés (Alpine Quantum Technologies, Autriche)
20 qubits
ALTAIR (5,9 Pflops) 12,3 M€ Juin 2025
Euro-Q-Exa Leibniz Supercomputing Centre (Munich, Allemagne) Qubits supraconducteurs à topologie en réseau carré (IQM, Finlande)
54 qubits
SuperMUC-NG (26,9 Pflops) 25 M€ Février 2026
VLQ IT4I National Supercomputing Centre (Ostrava, République tchèque) Qubits supraconducteurs à topologie en étoile (IQM)
24 qubits
KAROLINA (12,9 Pflops) 5 M€ Septembre 2025
EuroQCS-Italy CINECA (Bologne, Italie) Atomes neutres (Pasqal)
140 qubits
Leonardo (315,74 Pflops) 13 M€ Non inauguré
Marenostrum Ona Barcelona Supercomputing Centre (Espagne) Système à recuit quantique (Qilimanjaro Quantum Tech, Espagne)
10 à 25 qubits
Marenostrum 5 (314 Pflops) 8,5 M€ Non inauguré

Illustration © Quandela

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