La sécurité informatique entre dans une zone de turbulence. Jusqu’ici, la responsabilité restait lisible : un hacker décidait d’agir, un outil exécutait et un défenseur tentait de bloquer. Les agents d’IA brouillent cette séparation. Ils reçoivent un objectif mais déterminent eux-mêmes une partie des étapes nécessaires pour l’atteindre. Ainsi, le risque réside dans ce qu’ils peuvent décider de faire entre deux instructions.
Pendant que les attaques s’intensifient, la souscription d’assurance cyber recule.
C’est le paradoxe que met en lumière la dernière édition du rapport* du groupe d’assurances Hiscox sur la gestion des cyber-risques. Alors que les cyberattaques s’industrialisent, la souscription d’une police cyber par les TPE/PME françaises recule, passant de 33,6 % à 27,6 % en un an.
Plus largement, la part des TPE/PME françaises ne bénéficiant d’aucune couverture cyber, sous quelque forme que ce soit, est passée de 39 % à 45 % sur la même période. Résultat : seules 55 % des entreprises françaises déclarent aujourd’hui disposer d’une couverture cyber, et 12 % d’entre elles affirment n’en avoir aucune et ne pas envisager d’en souscrire une, contre une sur onze (9 %) en 2025.
La France n’est pas un cas isolé : la tendance touche la plupart des marchés étudiés.
Le Portugal enregistre le décrochage le plus sévère, avec 26 points de moins en un an, suivi de l’Espagne et de l’Irlande, à 9 points chacune.
Mais toutes les entreprises ne réagissent pas de la même façon face à la menace. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, qui conservent les taux de couverture les plus élevés, la baisse de la souscription dédiée ne traduit pas un recul de la couverture, mais une réorientation : près d’une entreprise sur deux (50 %) y opte désormais pour une couverture multirisque globale, intégrant le cyber dans un contrat unique plutôt qu’une police dédiée.
Autre indicateur qui interroge : le budget. Les TPE/PME françaises consacrent en moyenne 29 700 € par an à leur cyber-résilience, soit deux à trois fois moins que leurs homologues espagnoles, italiennes ou britanniques.
Le tableau n’est toutefois pas totalement sombre. Parmi les TPE/PME françaises non assurées, 33,1 % déclarent envisager de souscrire une police cyber dans les douze prochains mois. C’est la proportion la plus élevée de tous les pays étudiés.
La facture » cyberattaque »pèse lourd
Quatre entreprises françaises sur dix (40 %) ayant subi une attaque déclarent avoir été victimes d’une fraude financière par détournement de paiement ; c’est la conséquence la plus fréquente, loin devant l’atteinte à la réputation (19,8 %), qui reste pourtant la crainte numéro un des dirigeants.
Un décalage qui s’explique en partie par l’origine des attaques. 26 % des incidents proviennent d’une erreur humaine, comme un employé ciblé par du phishing ou de l’ingénierie sociale, et près d’un incident sur quatre impliquerait un prestataire ou un partenaire externe.
Sur le plan financier, l’impact moyen estimé pour une PME française victime d’une cyberattaque au cours des douze derniers mois s’élève à 45 900 €, en moyenne, pour l’ensemble des dix pays étudiés.
Côté durée, si 66,8 % des incidents se soldent par une interruption d’activité de moins d’une journée, la durée moyenne de l’ensemble des incidents atteint 24,5 heures, tirée vers le haut par les cas les plus sévères. Une durée toutefois moins importante qu’en Allemagne ou en Espagne, où 22 % et 20 % des incidents s’étirent respectivement sur 4 à 7 jours.
Mais le vrai coût d’une cyberattaque dépasse largement le bilan comptable.
La quasi-totalité des TPE/PME françaises touchées (96 %) reconnaissent un impact sur leur stratégie ou leur situation financière : retard de croissance (36 %), impact sur la valorisation (33 %), investissements technologiques reportés (31 %).
Et l’onde de choc touche aussi les équipes. 37 % des collaborateurs d’entreprises attaquées rapportent un stress élevé, plus d’un quart signalent une dégradation du climat de travail (27 %) et une hausse des arrêts maladie (25 %). Un constat déjà identifié dans l’édition 2025 du rapport et qui persiste.
L’IA, prochain champ de bataille et angle mort de la couverture
Le rapport pointe une inquiétude montante : près d’un décideur français sur deux (49 %) identifie le data poisoning (attaque visant à corrompre les données d’entraînement d’un modèle d’IA) comme la menace cyber émergente la plus grave à cinq ans.
Face à ce risque, la couverture reste pourtant lacunaire.Seuls 69 % des assurés français disposent d’une police intégrant les risques liés à l’IA, contre 74 % en moyenne dans les autres pays européens étudiés. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont davantage anticipé cette évolution.
*Rapport Hiscox sur la gestion des cyber-risques, édition 2026. Etude réalisée par le cabinet Wakefield Research, qui a interrogé 6 800 décideurs en cybersécurité en charge de la stratégie cybersécurité dans des organisations de moins de 250 salariés, dans dix pays (États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Espagne, Irlande, Portugal, Italie, Pays-Bas et Belgique), entre le 5 et le 17 juin 2026,
Malgré une concurrence intense, plusieurs dirigeants de la tech ont récemment exprimé leur soutien à l’idée d’un ralentissement du développement de l’IA, afin de laisser aux dispositifs de sécurité le temps de s’adapter. Sans mesures de sécurité adaptées, des systèmes d’IA pourraient à terme être utilisés pour mener des cyberattaques de grande ampleur, voire compromettre […]
L’intelligence artificielle ne se contente plus d’assister les hackers, elle leur permet désormais d’automatiser une grande partie de leurs attaques. Une évolution qui change profondément le rapport de force entre cybercriminels et défenseurs, et qui pourrait rendre les méthodes de protection...
Une arnaque téléphonique vous incite à appuyer sur la touche 1 de votre téléphone après vous avoir alerté d’un prétendu paiement suspect. Cette simple action vous met en réalité en contact avec un faux conseiller bancaire, qui cherchera à vous soutirer vos informations confidentielles. Une auditrice de la radio ICI a failli tomber dans le piège.
Si vous aussi, vous aimez redémarrer votre téléphone de temps en temps lorsqu’il commence à ramer, ou tout simplement pour améliorer ses performances et résoudre d’éventuels petits bugs, vous avez tout à fait raison. Mais attention : au lieu d’utiliser la fonction de redémarrage, il est recommandé de l’éteindre complètement, et ce pour des raisons de cybersécurité.
« Les attaquants ne cassent plus les systèmes pour rentrer. Ils se loguent ». Le constat est signé Pascal Andrei, Chief Security Officer (CSO) d’Airbus, avec qui L’Usine Digitale s’est entretenu. Face à des cyberattaques qui passent de plus en plus par des identifiants valides, une supply chain de 12 000 sous-traitants et des usages de l’intelligence artificielle qui créent de nouvelles surfaces d’attaques, le groupe revoit en profondeur sa doctrine. Au programme : la généralisation du zero-trust, l’automatisation du security operations center (SOC) et le renforcement de la souveraineté technologique.
Airbus repense sa défense cyber autour du zero trust, des identités et de la supply chain.
Revolut a été victime d'une fuite de données. La banque en ligne a été piégée par des pirates qui usurpaient l'identité d'une agence du gouvernement. La néobanque britannique a transmis des informations sensibles, dont passeports et selfies, sans se poser trop de questions…
Un boîtier de la taille d’une pièce de monnaie permet de pirater un Boeing 737 en moins d'une minute. C'est ce qu'ont découvert des chercheurs américains au terme d'une série d'expériences. Ils ont en effet découvert une faiblesse dans un ancien protocole de communication encore largement utilisé dans l’aviation.
Pendant près de trois ans, un groupe de cybercriminels sud-américains s'est attaqué aux notaires de France. Plus de 500 études ont été piratées, selon l'ANSSI. Entre 35 et 40 millions d'euros ont été détournés grâce à de faux RIB et des fraudes au président savamment orchestrées. Les pirates sont même parvenus à s'infiltrer au cœur du système du Conseil supérieur du notariat.
Les pirates à l'origine du hack des impôts ont fait une nouvelle victime. La Fédération française de handball révèle en effet avoir été victime d'une intrusion au cours de la fin de l'été. Des données personnelles ont été compromises par les cybercriminels.
La CNIL va se pencher sur les fuites de données qui ont frappé les impôts cet été. L'autorité a annoncé qu'elle allait contrôler « dans les tout prochains jours » la Direction générale des Finances publiques (DGFiP) à la recherche d'infractions au RGPD. Les systèmes de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) vont également être passés au crible. Des sanctions et des mises en demeure ne sont pas exclues.
Et si vous laissiez bientôt une IA faire vos courses, commander votre café ou réserver vos billets à votre place ? Pour éviter le Far West et les achats incontrôlés, Visa, Mastercard et Ant International unissent leurs forces pour imposer un standard spécifique aux agents IA.
Nucleon Security veut faire passer l’intelligence artificielle d’un rôle d’assistant à celui d’opérateur dans les centres de sécurité (SOC). L’entreprise lance ce 10 septembre « ATOM AI », une plateforme destinée à automatiser une partie du travail réalisé dans les Security Operations Centers (SOC).
Attendu à l’ordre du jour de la session parlementaire extraordinaire de juillet, le Projet de loi relatif à « la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité » qui porte la transposition de NIS 2 en droit français n’y figurait pas.
Cet énième report déplace la discussion en septembre, même si aucune date n’est encore fixée.
Ce blocage législatif n’a pas dissuadé Board of Cyber qui s’est appuyé sur le Référentiel Cyber France (ReCyF) de l’ANSSI en analysant 2,8 millions d’actifs.
Le score global moyen s’établit à 690 sur 1000, positionnant l’écosystème national à un niveau de maturité intermédiaire.
Un blocage collectif au niveau intermédiaire
L’analyse met en évidence une concentration massive des organisations au milieu de l’échelle de maturité. 59,4 % des entités se trouvent dans la catégorie intermédiaire, tandis que 32,7 % atteignent la catégorie avancée et 7,9 % restent cantonnées au niveau basique.
Près d’une entité sur cinq (18,1 %), toutes situées dans la catégorie intermédiaire, se positionne à moins de 50 points du seuil avancé. Un cap que l’étude qualifie de complexe à franchir, rappelant que 50 points ne s’obtiennent pas en un seul geste.
Le paysage se caractérise également par de profondes disparités sectorielles.
Le secteur bancaire tire son épingle du jeu avec 60,2 % d’entités en catégorie avancée.
À l’inverse, le secteur numérique (qui constitue pourtant le socle commun des 18 secteurs de la directive) s’avère le moins mature en affichant seulement 28,1 % d’entités en catégorie avancée.
Pire, il concentre 81 % des structures de niveau basique et constitue le seul secteur à écoper d’un grade C en matière de messagerie. Résultat : il totalise à lui seul 64,8 % des vulnérabilités critiques observées sur le marché.
La menace concentrée de la chaîne d’approvisionnement
Au titre de l’article 21.2.d de la directive, l’enjeu réglementaire dépasse largement la protection des frontières internes de l’entreprise.
Il impose d’identifier les tiers critiques, d’évaluer les risques induits et de suivre leur niveau de sécurité dans le temps. Or, les données du panorama révèlent une asymétrie préoccupante : si deux tiers des fournisseurs potentiels n’atteignent pas le niveau avancé, la menace réelle repose sur une minorité d’acteurs.
En effet, 10 % des entités concentrent 93,1 % des vulnérabilités critiques tout en s’intégrant dans la chaîne d’approvisionnement de l’ensemble du marché.
Plus surprenant encore, 13,6 % des entreprises classées en catégorie avancée présentent elles aussi au moins une faille critique susceptible d’être exploitée pour entraîner en cascade leurs partenaires.
S’ajoute à cela une surface d’attaque externe encore mal maîtrisée pour près d’un tiers des organisations (34,8 % de grades D ou E sur ce domaine, qui regroupe ports ouverts et interfaces d’administration accessibles depuis Internet).
« Ces indicateurs dessinent un paysage à deux vitesses où le risque est massivement concentré. Si la majorité des entreprises se maintient au niveau intermédiaire, la menace réelle repose sur une minorité d’entre elles qui portent l’essentiel des vulnérabilités critiques, tout en étant présentes dans les chaînes d’approvisionnement de l’ensemble du marché », analyse Sylvain Lefeuvre, directeur général adjoint de Board of Cyber.
L’étude appelle ainsi à un changement de paradigme opérationnel, articulé autour de trois axes : élever le niveau commun de la chaîne, mutualiser les évaluations entre donneurs d’ordre pour éviter des audits individuels chronophages et coûteux, et maintenir durablement les efforts de remédiation.
Un impératif de pilotage alors que l’échéance réglementaire approche.
Microsoft venait de corriger une faille de sécurité critique, mais un chercheur en cybersécurité a découvert qu’elle présente toujours un danger. Les tensions entre ce chercheur anonyme et la firme de Redmond ne risquent pas de s'apaiser.
Le fichier security.txt de Hugging Face contient désormais une note adressée directement aux agents IA, les invitant à aller chercher les solutions à leurs défis ailleurs.