Deux jours après avoir approuvé l'appel de Dario Amodei à ralentir, Sam Altman précise ce qu'OpenAI change. Il glisse au passage qu'il n'attendra ni loi ni feu vert antitrust. Un message autant destiné à Washington qu'à ses concurrents.
OpenAI dit avoir fait plancher un de ses modèles internes sur les équations de Navier-Stokes, l'un des sept problèmes à un million de dollars des mathématiques. Sauf que l'entreprise ne réclame pas le prix, et qu'un mathématicien l'accuse par ailleurs de lui avoir soufflé sa méthode.
Le monde de la technologie et celui du bien-être se croisent de manière inattendue cet été. Gwyneth Paltrow prépare actuellement une réception exclusive en l’honneur du dirigeant d’OpenAI, Sam Altman. Cet événement prévu le 29 août suscite déjà de vives réactions sur les réseaux sociaux et dans la presse spécialisée. La fondatrice de Goop célèbre ... Lire plus
Plusieurs jours après la fuite de deux modèles d’IA d’OpenAI et le piratage de Hugging Face, Sam Altman s'est pour la première fois exprimé sur l'incident. Le PDG d’OpenAI qualifie l’incident de « véritable rappel des enjeux » et estime que quiconque n’en est pas terrifié « ne prend pas cela suffisamment au sérieux ». L'entrepreneur plaide contre un monopole de l'IA… alors même qu’OpenAI reste à l’écart de l’alliance open source née du scandale découlant de l'incident.
Il aura fallu moins de deux heures aux neuf jurés d’Oakland, le 18 mai, pour trancher l’un des procès les plus scrutés de la Silicon Valley.
La plainte déposée par Elon Musk contre OpenAI et son directeur général Sam Altman a été rejetée. Non pas sur le fond, mais parce que l’homme le plus riche du monde avait tout simplement attendu trop longtemps avant d’agir. La prescription, ce mécanisme juridique aussi banal qu’implacable, aura eu raison de l’offensive du patron de Tesla et de SpaceX.
Tout ça pour ça serait-on tenter de dire…
Une victoire sur la forme, un chaos sur le fond
Pour OpenAI, le soulagement est immense. Elon Musk réclamait quelque 134 milliards $ de dommages et intérêts, l’éviction d’Altman et de son co-fondateur Greg Brockman ainsi que l’annulation de la transformation de l’organisation à but non lucratif en entreprise commerciale. Un scénario catastrophe qui aurait mis en péril l’introduction en Bourse, désormais envisagée à une valorisation d’environ 1 000 milliards $.
« Ce verdict technique met peut-être un terme à la bataille judiciaire entre Musk et Altman, mais nous verrons probablement un contrôle continu sur la question de savoir si OpenAI remplit ses obligations à but non lucratif », prévient Jill Horwitz, professeure à la Northwestern University Pritzker School of Law, citée par le Financial Times.
Une mise en garde qui résume bien l’ambivalence du moment. Si OpenAI gagne la bataille, mais la guerre d’image, elle, est loin d’être terminée. Et Sam Altman y a laissé des plumes
Des bleus, il y en a eu. Durant le procès, l’avocat de Elon Musk a cité pas moins de huit témoins (dont Musk lui-même) affirmant que Sam Altman avait induit en erreur ou menti à ses interlocuteurs.
Parmi les témoignages les plus dévastateurs, celui de l’ancienne directrice technique Mira Murati. Interrogée sur l’honnêteté de Sam Altman, elle a marqué une longue pause avant de répondre : « Pas toujours.» Et d’ajouter qu’il avait sapé son travail et monté les dirigeants d’OpenAI les uns contre les autres.
Sam Altman : vainqueur juridique, réputation fragilisée
Des documents internes ont également révélé qu’il détenait des participations de plusieurs milliards de dollars dans des entreprises travaillant avec OpenAI, soulevant des questions de conflits d’intérêts. Le PDG a affirmé s’être recusé lors des négociations concernées.
Du côté d’Elon Musk, la défaite juridique est nette mais il a immédiatement annoncé son intention de faire appel au motif que « créer un précédent permettant de piller des œuvres caritatives est incroyablement destructeur pour la philanthropie en Amérique.»
Regarding the OpenAI case, the judge & jury never actually ruled on the merits of the case, just on a calendar technicality.
There is no question to anyone following the case in detail that Altman & Brockman did in fact enrich themselves by stealing a charity. The only question…
Une posture qui illustre parfaitement sa stratégie : transformer un échec judiciaire en victoire narrative. Le procès a révélé en détail comment le petit laboratoire de recherche à but non lucratif s’est transformé en une entité commerciale valorisée à 852 milliards $, avec le soutien de certaines des plus grandes entreprises mondiales. Des révélations que Elon Musk, qui avait donné 38 millions $ à l’organisation originelle, a su exploiter au maximum.
Le procès qui oppose le fondateur de Tesla et SpaceX à OpenAI et à son directeur général Sam Altman est entré dans sa phase finale, après un défilé de témoins parmi les plus influents de la Silicon Valley, dont le PDG de Microsoft Satya Nadella, l’ancienne directrice technique d’OpenAI Mira Murati ou encore le cofondateur Ilya Sutskever.
Stratégie de Musk : attaquer la crédibilité d’Altman
L’avocat de Elon Musk, Steven Molo, a fait de la fiabilité de Sam Altman l’axe central de son réquisitoire. « Cinq témoins dans ce procès l’ont traité de menteur sous serment », a-t-il déclaré, selon le Wall Street Journal. « Je veux que vous compreniez : la crédibilité de Sam Altman est directement en jeu dans cette affaire. Les défendeurs ont besoin que vous le croyiez. Si vous ne pouvez pas lui faire confiance, ils ne peuvent pas gagner. C’est aussi simple que cela. »
Pour illustrer son propos, l’avocat a eu recours à une image saisissante, rapportée par le New York Times : « Imaginez que vous êtes en randonnée et que vous tombez sur un de ces ponts en bois au-dessus d’un ravin. Une femme à l’entrée vous dit : « Ne vous inquiétez pas, ce pont repose sur la version de la vérité de Sam Altman. » Traverseriez-vous ce pont ? Je ne pense pas que beaucoup de personnes le feraient. »
Steven Molo a également pointé du doigt les conflits d’intérêts financiers de Sam Altman, qui détient des participations personnelles d’environ 2 milliards $ dans des entreprises ayant conclu des accords avec OpenAI, dont Reddit, Helion et le fabricant de puces Cerebras.
Il a par ailleurs mis en lumière la fortune accumulée par le président d’OpenAI, Greg Brockman, dont la participation dans la société vaudrait désormais près de 30 milliards $. « Vous ne pouvez pas avoir des gars avec 30 milliards $ et prétendre qu’ils y ont droit. Vous ne pouvez pas avoir des gars qui font des opérations d’auto-enrichissement… ce n’est pas une organisation à but non lucratif », a-t-il déclaré, selon le Financial Times.
Défense d’OpenAI : Musk voulait le pouvoir, pas la mission
De leur côté, les avocats d’OpenAI ont dressé un portrait radicalement différent du plaignant. Sarah Eddy a ainsi soutenu que Elon Musk n’avait jamais cherché à défendre la mission à but non lucratif d’OpenAI, mais à en prendre le contrôle. « M. Musk a essayé de vous convaincre que ses dons d’il y a des années à OpenAI étaient assortis de conditions suffisamment solides pour durer éternellement, pour ligoter OpenAI dans sa poursuite de sa mission », a-t-elle déclaré, d’après le FT. Et lorsqu’il n’a pas pu obtenir ce contrôle, « il a ramassé ses billes [et] est rentré chez lui en déclarant qu’OpenAI avait 0 % de chances de succès ».
L’avocate a également rappelé qu’en 2017, Musk avait lui-même proposé de transformer OpenAI en entité à but lucratif, avec une proposition lui accordant 50 % du capital de la société, contre 7,5 % chacun pour Altman et Brockman. « Il ne se souciait pas de la structure à but non lucratif », a-t-elle affirmé selon le NYT. « Ce qui l’intéressait, c’était de gagner. »
William Savitt, l’avocat principal d’OpenAI, a pour sa part balayé l’accusation de « vol de charité » avec une formule cinglante : « Quelqu’un a-t-il déjà entendu parler d’un braquage de banque où les braqueurs sont entrés dans la banque et y ont déposé 200 milliards de dollars ? » Il a par ailleurs souligné qu’OpenAI reste ce qu’il est malgré les prédictions de Musk. « OpenAI est ce qu’il est aujourd’hui en dépit de ses prédictions de doom certain. Pour réussir dans l’IA, il s’avère que tout ce que M. Musk peut faire, c’est venir au tribunal. »
Des enjeux considérables pour l’avenir de l’IA
Les conséquences du verdict sont potentiellement immenses. Elon Musk réclame entre 100 et 180 milliards $ de dommages et intérêts (les chiffres variant selon les sources) ainsi que l’éviction de Sam Altman et de Greg Brockman de la direction d’OpenAI, et l’annulation de la conversion en société à but lucratif. Une décision favorable à Elon Musk pourrait compromettre l’introduction en bourse qu’OpenAI prépare pour cette année.
Le jury, composé de neuf membres, devait entamer ses délibérations dès le 18 mai. Mais, conformément au système judiciaire américain, le verdict du jury n’est que consultatif. C’est la juge Yvonne Gonzalez Rogers qui aura le dernier mot, avec toute latitude pour fixer les sanctions, les réduire à la portion congrue, ou même écarter le verdict.
Les experts juridiques s’accordent à décrire Elon Musk comme un outsider dans cette procédure. Notamment en raison de la difficulté à établir l’existence d’un contrat fondateur formel car aucun document contractuel n’a été produit au procès.
Elon Musk était absent du tribunal le 14 juin, ayant quitté les États-Unis à bord d’Air Force One pour accompagner le président Trump en Chine.
Sam Altman a pris place à la barre mardi avec la tranquillité affichée d’un dirigeant qui sait que le procès se joue autant dans l’opinion que devant les neuf jurés du tribunal fédéral d’Oakland.
Face à lui, l’avocat de Musk, Steven Molo, avait préparé ses munitions : mensonges présumés, conflits d’intérêts avérés, et une question frontale : «Dites-vous toujours la vérité ?»
Réponse du patron d’OpenAI : «Je pense être quelqu’un de sincère… Je suis certain qu’il m’est arrivé, à un moment de ma vie, de ne pas l’être.»
«Voler une association caritative»
L’accusation centrale de Elon Musk est que Sam Altman a, en substance, «volé une association caritative» en convertissant OpenAI en entreprise commerciale.
Il a reçu une réfutation cinglante dès les premières minutes du témoignage. «Il m’est difficile de même comprendre ce cadrage», a déclaré Altman, selon le Wall Street Journal (WSJ).
Pour lui, la conversion en structure à but lucratif n’était pas une trahison idéologique, mais une nécessité économique. Sans capital privé massif, impossible de financer les ressources de calcul indispensables au développement d’une IA puissante et sûre.
Sam Altman a également renvoyé Elon Musk à ses propres positions passées, rappelant que le fondateur de Space X avait lui-même soutenu cette évolution ; à condition d’en être le maître.
Selon le Financial Times (FT), Altman a témoigné que Musk avait demandé jusqu’à 90 % du capital d’OpenAI dès les premières années, au motif qu’il était «le plus connu» et que «si je tweete sur ça, ça vaut immédiatement une fortune». Une fusion avec Tesla avait également été envisagée à l’époque.
Le moment le plus saisissant de la journée reste la révélation d’un échange entre les cofondateurs d’OpenAI. Lorsque ceux-ci demandent à Elon Musk ce qu’il adviendrait du contrôle de la société à sa mort, il aurait répondu, selon Sam Altman cité par le FT : «Je n’y avais pas trop réfléchi, mais le contrôle passerait peut-être à mes enfants.»
Selon lui, : «Elon disait qu’il ne travaillerait que sur des entreprises qu’il contrôlerait totalement. J’étais extrêmement mal à l’aise avec ça.»
Démotivation et vengeance
Au-delà des chiffres et des documents, Sam Altman a brossé un portrait psychologique de son co-fondateur devenu adversaire. Il a décrit un Elon Musk «imprévisible», connu pour ses revirements, dont les équipes d’OpenAI craignaient les représailles après leur rupture. «Les gens se demandaient s’il allait se venger de nous», a-t-il confié au tribunal, selon le FT.
Plus concrètement, il l’a accusé d’avoir «fait d’énormes dégâts à la culture» d’OpenAI. L’une des pratiques incriminées : demander à des responsables de dresser une liste des chercheurs, de noter leurs contributions et d’identifier ceux à «éliminer à la tronçonneuse».
Dans cet environnement de recherche, ce management a eu l’effet inverse de celui escompté. «Ce n’était vraiment pas compatible avec le type de recherche que nous avons ensuite réussi à mener», a-t-il dit, cité par le WSJ.
Résultat, le départ de Elon Musk en 2018 fut «un coup de fouet au moral. Les gens se sont dit : on n’allait plus avoir à travailler comme ça.» a expliqué Altman.
Conflits d’intérêts : Sam Altman sous pression
L’avocat de Elon Musk a cependant trouvé des failles. Car si Sam Altman incarne l’intérêt général face à l’égocentrisme de son adversaire, son patrimoine personnel raconte une autre histoire.
Le WSJ révèle qu’il détient un tiers du capital d’Helion, la start-up d’énergie nucléaire valorisée à plus de 5 milliards $, qui a signé un accord de fourniture d’électricité avec OpenAI. Il possède également des participations significatives dans le réseau social Reddit, dans la fintech Stripe (plus de 600 millions $), dans la biotech anti-âge Retro Biosciences (250 millions) et dans le fabricant de puces Cerebras (3 millions), qui prépare justement une introduction en Bourse cette semaine.
Sur le dossier Reddit, l’échange a été particulièrement inconfortable. «Il y avait un conflit d’intérêts évident, non ?» a demandé Steven Molo. «Oui», a répondu Altman. «Et vous avez quand même négocié cet accord ?» «Avec d’autres personnes et avec l’approbation finale du conseil, mais j’étais dans la pièce, oui.»
Sam Altman a par ailleurs admis s’être trompé en déclarant devant une commission du Sénat américain en 2023 ne détenir «aucune participation» dans OpenAI. Il en possède en réalité une, indirecte, via l’incubateur Y Combinator qu’il a présidé durant plusieurs années.
Après deux semaines d’audiences remplies de témoignages l’accusant de mentir constamment, le jury a finalement entendu Sam Altman lui-même. Et il semblait dominer les débats.Cela dit, cela pourrait ne pas être suffisant. Pourquoi ? Car Elon Musk a peut-être déjà infligé des dégâts bien plus durables à l’image du patron d’OpenAI.
Depuis le début du procès, des témoignages se sont succédé avec leur lot de contradictions et de moments parfois surréalistes. Elon Musk a par exemple affirmé ne jamais se mettre en colère… avant de perdre son sang-froid pendant un contre-interrogatoire.
Shivon Zilis, mère de plusieurs enfants de Musk, a assuré ne pas savoir qu’il préparait xAI à l’époque. Et pourtant, ses SMS semblent raconter l’inverse. Greg Brockman, de son côté, a été accusé de tenir un discours très éloigné de la réalité.
Même si Sam Altman est loin d’être irréprochable, plusieurs documents contemporains soutiennent sa version des faits.
Qu’avance Sam Altman ?
Selon Altman, les tensions ont vraiment commencé après les succès d’OpenAI sur Dota 2. Car c’est à cette période que la question d’une structure commerciale est devenue sérieuse.
D’après lui, Musk voulait absolument contrôler cette future entité. Altman a expliqué au tribunal que Musk ne faisait confiance qu’à lui-même pour prendre les grandes décisions stratégiques.
Cette obsession du contrôle inquiétait profondément Altman. Il a rappelé qu’OpenAI avait justement été créée pour éviter qu’une seule personne domine le développement d’une intelligence artificielle générale.
Pendant son passage chez Y Combinator, il avait déjà observé de nombreuses guerres de pouvoir entre fondateurs refusant de lâcher les commandes. Et c’est là qu’une anecdote a particulièrement marqué l’audience.
Altman a raconté avoir demandé à Musk ce qu’il adviendrait d’OpenAI s’il venait à mourir. Ce dernier aurait déclaré qu’il n’y avait pas vraiment réfléchi, mais que le contrôle pourrait peut-être revenir à ses enfants.
Un ancien courriel de 2017 envoyé par Altman à Shivon Zilis semble renforcer ces dires. Dans ce message, il écrivait craindre qu’une seule personne puisse contrôler la première intelligence artificielle générale du monde.
Il précisait cependant être ouvert à certaines « structures créatives », laissant entendre qu’il envisageait temporairement des compromis pour calmer Musk.
Elon Musk dans toute sa splendeur, dévoilé par Sam Altman
À la barre, Altman a affirmé être persuadé que Musk cherchait un contrôle durable d’OpenAI. Cette version paraît cohérente avec d’autres témoignages.
Un ancien collaborateur, Sam Teller, expliquait, par exemple, dans une déposition vidéo que Musk n’investissait plus dans des projets qu’il ne contrôlait pas directement. Une logique probablement liée à son traumatisme historique après son éviction de PayPal.
Musk aurait aussi tenté d’attirer Altman chez Tesla. Des SMS présentés au tribunal montrent que Sam Teller expliquait à Altman que Musk voulait renforcer l’IA de Tesla coûte que coûte.
Le grand milliardaire espérait donc recruter Altman, Brockman et Ilya Sutskever. Seulement, Altman affirme y avoir vu une menace à peine déguisée. Du genre, Soit OpenAI rejoignait Tesla, soit Musk construirait son propre empire de l’IA sans eux.
Toutefois, pour lui, laisser OpenAI être absorbée par Tesla aurait représenté une trahison de sa mission initiale.
D’autres messages révélés pendant les audiences montrent même qu’après le départ de Musk, OpenAI traversait une période financière extrêmement fragile.
Malgré cela, Altman affirme avoir continué à tenir Musk informé de l’évolution de la branche commerciale d’OpenAI. Y compris des discussions avec Microsoft. Selon lui, Musk n’a jamais officiellement protesté à l’époque.
Salir l’image d’Altman, le véritable objectif de Musk ?
Le contre-interrogatoire mené par l’avocat de Musk, Steven Molo, a pris une tournure assez étrange. Pendant de longues minutes, il a énuméré toutes les personnes ayant accusé Altman d’être un menteur.
Anciens employés, dirigeants d’OpenAI, fondateurs d’Anthropic, journalistes et même auteurs de biographies…
Altman, lui, a gardé son calme. Il semblait surtout blessé de voir sa crédibilité attaquée aussi frontalement. Et paradoxalement, cette attitude mesurée a probablement joué en sa faveur devant le jury.
La défense de Musk a également tenté d’expliquer qu’OpenAI aurait pu rester une organisation à but non lucratif en levant davantage de fonds. A l’image de Stanford. Un argument qui a laissé plusieurs observateurs perplexes.
Stanford dispose d’un immense réseau de donateurs historiques et ne fonctionne absolument pas avec les mêmes besoins financiers qu’une entreprise développant des modèles d’IA géants.
En réalité, même plusieurs milliards de dollars n’auraient probablement pas suffi à financer la croissance actuelle d’OpenAI. Les partenariats commerciaux massifs comme avec Microsoft étaient plus qu’indispensables.
Mais au fond, gagner ce procès n’est peut-être pas l’objectif principal de Musk. Le véritable enjeu semble ailleurs.
Depuis des mois, Musk martèle publiquement l’idée que Sam Altman aurait trahi les valeurs fondatrices d’OpenAI. Et cette stratégie commence déjà à produire des effets.
Des responsables politiques américains souhaitent désormais examiner de plus près les investissements liés à OpenAI et à Altman. Plusieurs médias américains relient directement ces nouvelles enquêtes au procès en cours.
Alors oui, Sam Altman a probablement réussi son audition. Oui, il a semblé crédible devant le jury. Cependant, Elon Musk pourrait déjà avoir obtenu ce qu’il voulait vraiment. Fragiliser durablement l’image du patron d’OpenAI auprès du grand public et des autorités américaines.
On dirait que la plus grande menace pour OpenAI ne venait pas d’Elon Musk, mais de l’intérieur même de l’entreprise. Lors du procès opposant Musk à Sam Altman, Mira Murati, ex-directrice technique de la société, a lâché une déclaration qui secoue déjà la Silicon Valley.
Avec la bataille judiciaire menée par Elon Musk d’un côté et les révélations internes qui s’enchaînent de l’autre, le vernis du laboratoire d’IA responsable commence à craquer. Cette fois, c’est Mira Murati qui met le feu aux poudres.
L’ancienne directrice technique d’OpenAI, longtemps considérée comme l’un des piliers de l’entreprise, a témoigné sous serment contre Sam Altman. Et ses déclarations ne passent pas inaperçues. Selon elle, le patron d’OpenAI lui aurait menti concernant les procédures de sécurité entourant un nouveau modèle d’IA. Bien sûr, une telle accusation ne sera pas sans conséquence.
Mira Murati accuse directement Sam Altman
Dans une déposition vidéo diffusée durant le procès entre Elon Musk et Sam Altman, Mira Murati a fait une révélation explosive. Selon elle, le PDG d’OpenAI lui aurait assuré qu’un nouveau modèle d’IA n’avait pas besoin d’être validé par le comité interne de sécurité. Or, elle souligne que cette affirmation était fausse.
Lorsqu’on lui demande si Altman disait la vérité, sa réponse est « Non ». Difficile de faire plus explicite.
L’ancienne CTO explique avoir ensuite vérifié l’information auprès de Jason Kwon, ancien conseiller juridique devenu directeur stratégique d’OpenAI. Et là, les versions de Kwon et d’Altman ne correspondaient pas du tout.
Face au doute, Murati affirme avoir choisi de contourner la situation. Elle a donc fait examiner le modèle par le conseil d’administration malgré tout. Et ce n’est pas tout. Durant sa déposition, elle décrit aussi une gestion interne compliquée. Elle affirme que Sam Altman rendait son travail particulièrement difficile.
L’ancienne cadre d’OpenAI évoque un manque de clarté dans la direction de l’entreprise et des obstacles permanents dans l’exécution de ses missions. Cela signifie que l’ambiance chez la firme d’Altman ne ressemblait visiblement pas à une méditation zen autour de l’IA éthique.
OpenAI fragilisé en pleine guerre contre Elon Musk
Ces révélations de Mira Murati arrivent au pire moment possible pour Sam Altman. Parce que depuis plusieurs mois, Elon Musk accuse l’entreprise d’avoir abandonné sa mission initiale au profit d’intérêts commerciaux.
Le procès en cours vise notamment la transformation progressive d’OpenAI en machine à profits dopée aux investissements massifs. Et voilà maintenant qu’une ancienne dirigeante interne remet publiquement en cause la transparence de Sam Altman sur des questions de sécurité.
Le problème dépasse une querelle personnelle. Car toute la communication d’OpenAI repose sur une idée centrale. Celle de développer une IA puissante, mais contrôlée. Si des responsables internes commencent à affirmer que les protocoles de sécurité étaient flous, contournés ou mal présentés, la confiance pourrait rapidement s’effriter.
D’autant que Sam Altman traîne déjà plusieurs polémiques derrière lui. Son éviction temporaire d’OpenAI en 2023, suivie de son retour spectaculaire quelques jours plus tard, avait déjà laissé entendre que les tensions internes étaient loin d’être anecdotiques.
Aujourd’hui, les déclarations de Mira Murati ajoutent une nouvelle couche au chaos d’OpenAI. Et pendant ce temps-là, OpenAI continue de promettre que tout est parfaitement sous contrôle. Bien sûr. Parce qu’après tout, quoi de plus rassurant qu’une guerre interne autour des règles de sécurité d’une IA capable de transformer le monde ?
C’est dans un tribunal fédéral d’Oakland, en Californie, qu’a démarré cette semaine l’un des procès les plus attendus de la Silicon Valley. Face à face : Elon Musk, l’homme de X, Tesla et Space X, et Sam Altman, le patron d’OpenAI, la scale-up la plus valorisée de la planète. Deux anciens alliés devenus rivaux acharnés.
Dès sa prise de parole à la barre, le 28 avril, Elon Musk a posé sa ligne de défense s’adressant directement aux neuf jurés : « Je pense qu’ils vont essayer de rendre ce procès très compliqué, mais c’est en réalité très simple. Il n’est pas acceptable de voler une œuvre caritative. » Une formule-choc, aussitôt recadrée par la juge Yvonne Gonzalez Rogers, qui a averti les jurés que les propos de Musk n’avaient « aucune valeur juridique ».
Au cœur de l’affaire : la transformation d’OpenAI, co-fondée par Elon Musk en 2015 comme laboratoire de recherche à but non lucratif, en une entité commerciale désormais valorisée à quelque 850 milliards $. L’homme le plus riche. du monde affirme avoir été « manipulé » et « trompé » pour donner environ 38 millions $ à l’organisation, convaincu qu’elle resterait une structure caritative au service de l’humanité. Il accuse Sam Altman et Greg Brockman, président d’OpenAI, de s’être indûment enrichis au passage.
La version d’OpenAI : jalousie et compétition
OpenAI ne l’entend pas de cette oreille. Son avocat principal, William Savitt, a promis aux jurés « un récit de deux Elon » : celui du généreux mécène de la première heure, et celui du concurrent déçu qui, après avoir quitté le conseil d’administration en 2018 puis fondé sa propre société d’IA, xAI, cherche aujourd’hui à déstabiliser un rival florissant. « Nous sommes ici parce que M. Musk n’a pas obtenu ce qu’il voulait chez OpenAI », a martelé l’avocat.
Il a également brandi des e-mails internes montrant que Elon Musk avait lui-même réclamé 55 % des parts de la structur contre 7,5 % pour chacun des cofondateurs ( Sam Altman, Brockman et Ilya Sutskever). Face au refus des autres fondateurs de « remettre les clés de l’intelligence artificielle à une seule personne », Elon Musk aurait cessé ses financements. L’avocat de Microsoft, Russell Cohen ( la firme de Redmond étant également mise en cause comme complice), a pour sa part soutenu que Elon Musk n’avait changé de position sur le statut d’OpenAI qu’après le succès retentissant de ChatGPT.
Les réparations réclamées par Elon Musk donnent le vertige. Ses avocats ont évoqué jusqu’à 134 milliards $ de « gains injustifiés ». Une somme qu’il souhaiterait réorienter vers le bras caritatif d’OpenAI. Il demande par ailleurs l’éviction de Sam Altman et de Greg Brockman de leurs fonctions, ainsi qu’une remise en cause de la restructuration de l’entreprise, finalisée en octobre dernier.
Si le verdict lui est favorable, c’est l’introduction en Bourse d’OpenAI, envisagée au quatrième trimestre à une valorisation avoisinant les 852 milliards $, qui se trouverait sérieusement compromise.
La juge rappelle tout le monde à l’ordre
La présidente du tribunal, Yvonne Gonzalez Rogers ( familière des grandes affaires technologiques, notamment le long contentieux entre Epic Games et Apple), a dû jouer les arbitres dès le premier jour. Elle a sommé les deux protagonistes de renoncer à leurs passes d’armes sur les réseaux sociaux pendant la durée des débats : « Maîtrisez votre propension à utiliser les médias sociaux pour aggraver les choses en dehors de ce prétoire », a-t-elle lancé, après que Elon Musk eut posté plus de vingt messages sur X lundi, qualifiant Sam Altman de « Scam » et accusant les deux dirigeants d’avoir « volé une œuvre caritative ».
La sélection des jurés, lundi, avait d’ailleurs illustré à quel point la figure d’ Elon Musk polarise l’opinion. Certains candidats n’ont pas hésité à le qualifier de « déchet » ou de « crétin de première catégorie » dans leurs formulaires. « La réalité, c’est que les gens ne l’aiment pas », a concédé la juge, tout en affirmant sa confiance dans la capacité des Américains à respecter l’intégrité du processus judiciaire.
L’IA, un enjeu civilisationnel selon Musk
Sur le fond, Elon Musk a tenu à replacer le litige dans une perspective plus large. Il a confié aux jurés sa conviction que la question de savoir « qui est aux commandes de l’IA » était d’une importance capitale pour l’ensemble de l’humanité, ajoutant qu’il estimait « dangereux pour le monde entier » de laisser ce pouvoir entre les mains de quelqu’un « en qui on ne peut pas avoir confiance ».
Il a également évoqué une conversation passée avec Larry Page, cofondateur de Google, à qui il aurait demandé si l’IA ne risquait pas d’anéantir l’humanité et qui lui aurait répondu que ce serait « très bien » tant que l’IA, elle, survivait. Une réponse qu’il a jugée « insensée », et qui l’aurait convaincu de la nécessité de créer une alternative à Google dans la course à l’intelligence artificielle.
Le procès, structuré en deux phases, responsabilité puis réparations, doit durer environ quatre semaines. La phase de responsabilité, qui seule implique le jury (dont le verdict sera consultatif), devrait s’achever le 21 mai. Elon Musk devrait reprendre la barre ce 29 avril, où il sera contre-interrogé par les avocats d’OpenAI et de Microsoft.
Dans le palais de justice fédéral d’Oakland, à quelques kilomètres du quartier général de San Francisco où siège OpenAI, deux des hommes les plus puissants de la planète technologique vont se retrouver face à face.
D’un côté, Elon Musk, patron de Tesla, SpaceX et xAI, l’homme le plus riche du monde. De l’autre, Sam Altman, PDG d’OpenAI, la startup qui a mis l’intelligence artificielle générative sur la carte du monde avec ChatGPT. Entre eux, une amitié brisée, des millions de dollars, des agendas de nuit, des SMS compromettants et une question qui dépasse leur querelle personnelle : à qui appartient l’avenir de l’IA ?
Une guerre de plusieurs années
Tout commence en 2015, quand les deux hommes cofondent ensemble OpenAI, un laboratoire de recherche en intelligence artificielle à but non lucratif.
La vision : développer une IA « pour le bénéfice de l’humanité », loin des griffes des géants comme Google. Sam Altman avait approché Elon Musk pour l’idée en mai 2015, la qualifiant de « Manhattan Project pour l’IA », selon les documents versés au dossier.
La caution d’ Elon Musk permet à OpenAI de recruter des chercheurs de premier plan, dont Ilya Sutskever, son ancien directeur scientifique.
Mais dès la mi-2017, les tensions éclatent. Musk remet en question la viabilité d’OpenAI, retient des fonds promis après des clashes avec Sam Altman et Greg Brockman, et réclame le poste de PDG ; ce qui inquiète les autres cofondateurs. En janvier 2018, il jette l’éponge dans un e-mail sans appel : « OpenAI est sur la voie d’un échec certain face à Google. » Il quitte le conseil d’administration peu après.
La suite, on la connaît. En 2019, OpenAI se restructure en entité à but lucratif adossée à sa branche non-profit. En 2022, ChatGPT déferle sur le monde. En 2023, Musk fonde xAI, son propre concurrent. Et en 2024, il attaque OpenAI en justice.
150 milliards $ en jeu
Le montant des dommages réclamés par Elon Musk donne le vertige. Ses avocats ont évalué leur demande à environ 150 milliards $, calculée en multipliant la valorisation d’OpenAI (désormais supérieure à 850 milliards) par la part du fonds non-profit attribuable de ses contributions, estimée entre 50 % et 75 % de ladite part. Les sommes iraient non pas dans les poches du milliardaire, mais vers la branche caritative d’OpenAI.
Elon Musk a également versé environ 38 millions $ de fonds propres à OpenAI entre 2016 et 2020. Ses avocats soutiennent qu’il a été trompé sur la nature et la destination de ces apports.
Sur le plan juridique, quatre chefs d’accusation subsistent après élagage : violation de trust caritatif, fraude, fraude constructive et enrichissement sans cause. Dans un geste stratégique, Elon Musk a proposé d’abandonner les deux chefs de fraude pour simplifier les débats. Ce que le tribunal a accepté.
Le procès se concentre donc sur la violation de trust caritatif : l’argument selon lequel Elon Musk a donné des actifs destinés à une organisation non-profit open-source, qui ont été détournés au profit d’une entité commerciale fermée.
Un défilé de Tech leaders à la barre
Le casting du procès rivalise avec celui d’un film hollywoodien. Musk et Altman témoigneront en personne. Greg Brockman, cofondateur et président d’OpenAI, également. Satya Nadella, le PDG de Microsoft (premier investisseur d’OpenAI) et codéfendeur dans l’affaire est attendu à la barre. Microsoft e est accusée d’avoir aidé et facilité les agissements reprochés à OpenAI.
Autre témoin-clé : Shivon Zilis, ancienne membre du conseil d’administration d’OpenAI et mère de quatre des enfants d’Elon Musk. OpenAI soutient qu’elle servait de canal d’information vers Musk depuis l’intérieur. Des SMS versés au dossier montrent qu’elle lui demande, en 2018, s’il vaut mieux qu’elle reste « proche et amicale » avec OpenAI « pour maintenir le flux d’informations ».
La juge Yvonne Gonzalez Rogers a estimé que sa relation avec Elon Musk est « hautement pertinente » pour évaluer sa crédibilité.
Des propos intimes au cœur de l’affaire
Le procès doit une partie de son caractère explosif à un journal intime. Celui de Greg Brockman, dont des extraits sont devenus des pièces à conviction centrales. À l’automne 2017, le cofondateur y écrit : « C’est notre seule chance de nous libérer d’Elon. Est-il le « glorieux leader » que j’aurais choisi ? » Plus loin, il s’interroge sur ses propres motivations financières. Dans un autre extrait, il reconnaît que transformer OpenAI sans Elon Musk serait « moralement douteux » car « ce serait mal de lui voler le non-profit ».
Les avocats du multi-milliardaire ont brandi ces écrits pour démontrer que les dirigeants d’OpenAI étaient davantage guidés par l’appât du gain que par leur mission. Greg Brockman, lui, a affirmé, dans se déposition, que ces lignes reflétaient une réflexion personnelle sur ses motivations hypothétiques, et non un plan délibéré.
Cependant, plusieurs obstacles juridiques fragilisent la position d’Elon Musk. D’abord, la question de la legitimité à agir (standing). En droit californien, c’est en principe le seul procureur général de l’État qui a qualité pour surveiller l’usage des donations caritatives et pas les donateurs eux-mêmes. La juge Gonzalez Rogers a néanmoins autorisé Elon Musk à poursuivre, en s’appuyant sur un précédent de 1964 qui prévoit une exception lorsque le procureur général est trop occupé pour intervenir.
Pour OpenAI, l’enjeu est tout aussi vertigineux. Elle prépare une introduction en Bourse susceptible de la valoriser à plus de 1 000 milliards $ avant la fin de l’année. Le procès figure explicitement parmi les risques mentionnés dans les documents distribués aux investisseurs potentiels. Même une décision partielle en faveur de Elon Musk, comme la révocation de Sam Altman ou de Geg Brockman pourrait semer le doute sur la gouvernance de la firme.
L’inventeur de ChatGPT contre-attaque en ciblant les motivations d’ Elon Musk. Selon ses avocats, ce dernier cherche simplement à handicaper un concurrent direct. Sa propre société, xAI ( désormais filiale de SpaceX), est loin derrière OpenAI en termes d’adoption.
La juge Gonzalez Rogers a structuré les débats en deux phases distinctes : une première sur la responsabilité et une seconde sur les réparations prévue le 18 mai si OpenAI est reconnu coupable. Le jury de neuf personnes n’aura qu’un rôle consultatif sur les dommages ; c’est la magistrate qui tranchera en dernier ressort.